
Au terme d’une intervention télévisée, Michaël Randrianirina a multiplié les promesses de réformes. Mais les zones d’ombre demeurent nombreuses.
À quelques semaines du lancement du processus de concertations nationales, Michaël Randrianirina a livré dimanche soir une série d’annonces majeures, tout en évitant soigneusement les questions les plus sensibles sur son avenir politique. Invité d’une émission spéciale diffusée sur les chaînes nationales le 31 mai, le chef de l’État a réaffirmé sa volonté d’engager des réformes institutionnelles profondes, notamment dans le domaine électoral, tout en rejetant les accusations de règlements de comptes politiques visant son régime. Michaël Randrianirina a d’abord placé les futures concertations nationales au cœur de sa stratégie politique. Selon lui, les grands chantiers de la refondation ne seront mis en œuvre qu’après cette étape de dialogue national. « Les projets de refondation seront mis en œuvre après les concertations nationales », a-t-il déclaré, présentant cette rencontre comme un préalable indispensable à la transformation institutionnelle du pays.
Parmi les priorités affichées figure également la réforme de la gouvernance électorale. Un dossier particulièrement sensible dans un pays où les processus électoraux ont régulièrement été contestés au cours des dernières décennies. « Nous allons également entamer la réforme de la gouvernance électorale », a annoncé Michaël Randrianirina. Le président de la transition a insisté sur la finalité de sa mission, affirmant vouloir restaurer la confiance dans les scrutins à venir. « Ma mission est de conduire le pays vers des élections crédibles et acceptées par tout le monde. Toutes les décisions que j’ai prises ne sont pas motivées par des calculs politiques », a-t-il soutenu. Cependant, les interrogations sur son propre avenir politique demeurent intactes.
Accusation
Interrogé indirectement sur la période post-transition, Michaël Randrianirina n’a donné aucun indice sur son intention de rester ou non au pouvoir après la fin du processus en cours. Il est également resté silencieux sur une éventuelle candidature à la prochaine élection présidentielle, un sujet pourtant au centre des spéculations politiques depuis plusieurs semaines. Sur le terrain judiciaire, le chef de la transition a tenu à répondre aux critiques de ses adversaires. Depuis plusieurs mois, plusieurs personnalités considérées comme proches de l’ancien président Andry Rajoelina font l’objet de poursuites ou de procédures judiciaires. Pour l’opposition, ces affaires traduisent une volonté de neutraliser politiquement les soutiens de l’ancien régime. Une accusation rejetée en bloc par Michaël Randrianirina. « Nous ne sommes pas là pour faire des vengeances politiques. Tous ceux qui sont actuellement emprisonnés relèvent d’une décision de justice, avec des dossiers de fond », a-t-il affirmé.
Le président de la transition s’est également attaqué à l’un des projets emblématiques du précédent pouvoir, notamment le téléphérique d’Antananarivo. Il a estimé que cette infrastructure ne répondait pas aux préoccupations prioritaires de la population. « Le projet téléphérique n’est pas une priorité du peuple malgache », a-t-il déclaré. Plus encore, il a révélé avoir engagé des démarches auprès des autorités françaises afin d’obtenir l’annulation de la dette liée à ce projet. Pour rappel, le téléphérique avait été lancé sous la présidence d’Andry Rajoelina grâce à un financement d’environ 150 millions d’euros accordé par la France. Autre sujet sensible resté sans réponse : les moyens de transport utilisés par le chef de la transition lors de ses déplacements.
Depuis plusieurs mois, des interrogations persistent concernant les propriétaires des jets privés qu’il emprunte pour ses voyages, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Sur ce point, Michaël Randrianirina n’a fourni aucun détail précis. « Beaucoup d’Africains veulent m’aider dans ma mission », s’est-il contenté de déclarer, sans révéler l’identité des personnes ou des structures qui mettent ces appareils à sa disposition.
Rija R.


