À l’allure où vont les choses, la Refondation risque d’entretenir le nomadisme politique et de trahir l’espoir du vrai changement que la Gen Z a clamé haut et fort pendant les manifestations de 2025.
« Durant la première année de la Refondation, nous avons rafistolé les brèches, outre la préparation des élections qui auront lieu en 2027 », c’est ce qu’a déclaré le président de la Refondation de la République de Madagascar, le colonel Michaël Randrianirina, durant son déplacement dans la région Vakinankaratra le week-end dernier. Le chef de l’État confirme donc que le calendrier préétabli pour la tenue des scrutins, que le gouvernement de la Refondation avait présenté à la communauté internationale au mois de décembre 2025, sera bel et bien respecté. Et ce, même si, pour le moment, l’organisation de la concertation nationale semble avancer au ralenti, laissant certains observateurs croire que les autorités en place seraient en train de se préparer pour un « tetezamitatra ». En tout cas, alors que les autres formations politiques tardent à se mettre dans les starting-blocks, les partisans du régime, pour leur part, ont déjà enclenché la vitesse supérieure dans le cadre des préparatifs électoraux. La mise en place des différentes associations et plateformes politiques de soutien au régime en place, à travers les déplacements régionaux et les rassemblements populaires, en est la preuve. En effet, avec l’implantation du « Vondron’ny Fihavaozan’i Madagasikara » (VFM) au niveau de tous les districts et communes dans tout Madagascar, on constate que le colonel Michaël Randrianirina, qui ne dispose que d’un an pour préparer sa candidature, entend s’appuyer sur les députés et maires élus sous les couleurs de l’IRMAR (Isika Rehetra Miaraka Amin’i Andry Rajoelina) pour former sa base électorale. Comme ce fut le cas du HVM et de l’ancien président Hery Rajaonarimampianina à l’époque de sa mandature en 2014.
« Forongony »
Depuis quelques semaines, des cérémonies de remise de mandat aux responsables du VFM sont organisées dans les districts. Sans surprise, ce sont les députés élus sous la bannière de l’IRMAR, et les indépendants qui ont intégré l’association AFF (Andry sy Fototra hoan’ny Fampandrosoana), créée par Haingo Ravatomanga, l’épouse de l’homme d’affaires Mamy Ravatomanga, qui ont été désignés pour diriger cette nouvelle plateforme de soutien au régime de la Refondation. Un choix fort qui provoque de vives polémiques et des contestations, notamment de la part des membres de la Gen Z et d’autres personnalités pro-pouvoir qui refusent d’être associées à ceux qu’ils qualifient de « Mpamadika palitao ». Il faut en effet reconnaître qu’en termes d’objectif politique, le choix de ces « Forongony » est plutôt stratégique dans la mesure où, en tant qu’élus, ces personnalités possèdent déjà des bases politiques au niveau de leurs circonscriptions respectives, des expériences électorales, ainsi que des moyens financiers et du matériel nécessaires pour affronter les urnes. Contrairement aux jeunes militants qui ont, certes, la conviction et l’enthousiasme, mais qui auront certainement du mal à convaincre les électeurs au niveau des districts, des communes et même des fokontany à cause de leur inexpérience, ainsi que du manque de moyens et de notoriété. Nul n’ignore que, pour gagner une élection, il n’y a pas de place pour l’amateurisme politique. Pour assurer sa carrière politique, le colonel Michaël Randrianirina fait face à un choix politique difficile : faire confiance aux « dinosaures » politiques, qui disposent de nombreuses expériences électorales accumulées en intégrant les régimes successifs et qui sont capables de lui procurer plus de chances de gagner sa première élection présidentielle, ou respecter l’esprit du « tolona » et écouter les jeunes qui ont milité pour son accession au pouvoir. On sait en tout cas que, quelle que soit sa décision, le PRRM sera toujours exposé à un risque de contestations. À l’allure où vont les choses, la Refondation risque d’entretenir le nomadisme politique et de trahir l’espoir du vrai changement que la Gen Z a clamé haut et fort pendant les manifestations de 2025.
Davis R



Le journaleux de service et ses élucubrations !