
Madagascar accélère son rapprochement avec Moscou. Promesses économiques, donations militaires, pari géopolitique : les dirigeants militaires du pays misent beaucoup sur l’aide de Vladimir Poutine.
Le rapprochement entre Antananarivo et Moscou avance à grands pas. Alors que les nouvelles autorités multiplient les signaux d’ouverture envers la Russie de Vladimir Poutine, un projet de zone économique spéciale (ZES), porté conjointement par les deux pays, entre désormais dans une phase concrète. Dans le même temps, le chef de l’État, Michaël Randrianirina, est annoncé au prochain sommet Russie-Afrique prévu en octobre à Moscou, confirmant la volonté du nouveau régime de renforcer ses liens avec le Kremlin. Jeudi 17 juin dernier, les techniciens malgaches et russes ont tenu leur première conférence en ligne, consacrée à la mise en œuvre d’une future zone économique spéciale à Madagascar. La tenue de cette réunion de travail entend lancer un signal sur le passage du projet du stade des intentions à celui des préparatifs opérationnels.
Selon les informations communiquées, les discussions ont porté sur les aspects juridiques, organisationnels et techniques nécessaires à la création de cette zone. Une région du nord de Madagascar a déjà été identifiée comme zone prioritaire. Le choix n’est pas anodin. Selon les informations diffusées par l’agence russe de communication à Antananarivo, African Initiative, « le site dispose d’un port en eau profonde, de plus de 480 hectares de terrains disponibles et d’infrastructures offrant des perspectives de développement industriel, logistique et énergétique ». L’installation future d’un terminal pétrolier figure également parmi les options envisagées. Les deux parties ont convenu de poursuivre leurs travaux afin de définir précisément les limites de la future ZES et d’élaborer le cadre juridique qui encadrera son fonctionnement. Une réunion d’experts juridiques est d’ailleurs annoncée dans les prochaines semaines.
Octobre 2026
Au-delà du volet économique, cette initiative illustre surtout l’intensification rapide des relations politiques entre Antananarivo et Moscou depuis l’arrivée de la nouvelle équipe dirigeante malgache en octobre 2025. La dynamique s’est confirmée le 19 juin à Moscou lors de la rencontre entre la ministre malgache des Affaires étrangères, Alice N’Diaye, et son homologue russe, Sergueï Lavrov. À l’issue de cet entretien, le chef de la diplomatie russe a annoncé que la ministre malgache avait confirmé la participation de Michaël Randrianirina au troisième sommet Russie-Afrique prévu en octobre prochain dans la capitale russe. Pour Moscou, cette présence constitue un signal politique fort, alors que la Russie cherche à consolider son influence sur le continent africain face aux puissances occidentales et à la Chine.
Alice N’Diaye et Sergueï Lavrov, selon les informations officielles russes, ont également affiché une convergence de vues sur plusieurs dossiers internationaux. Selon l’ambassade russe, « Antananarivo et Moscou partagent une vision favorable à l’émergence d’un ordre mondial multipolaire fondé sur les principes de souveraineté et d’égalité entre les États ». Cette proximité croissante avec la Russie s’inscrit dans une stratégie de diversification des partenariats internationaux défendue par les nouvelles autorités malgaches. Pour Antananarivo, l’objectif est de trouver de nouveaux investisseurs, d’attirer des capitaux et de réduire une dépendance historique envers les partenaires occidentaux traditionnels. Mais ce choix soulève également des interrogations. Car si la Russie demeure une puissance militaire et diplomatique majeure, son poids économique reste limité à l’échelle mondiale, comparativement à celui de l’Union européenne, des États-Unis ou de la Chine. Dans ce contexte, certains observateurs s’interrogent sur la pertinence, pour Madagascar, de miser fortement sur un partenaire dont les capacités financières à l’étranger demeurent contraintes. La réussite de la future zone économique spéciale dépendra moins des déclarations politiques que de la capacité réelle à mobiliser des investissements, à créer des emplois durables et à développer des infrastructures compétitives.
Rija R.





