Pour un journal, cet anniversaire n’est pas seulement celui de la longévité. Il est celui d’une présence, d’une responsabilité et d’une capacité à traverser les époques sans perdre ce qui constitue son identité.
Depuis sa création, Midi Madagasikara a été le témoin des transformations de notre pays, de ses espoirs, de ses crises, de ses réussites et de ses désillusions. Quarante-trois années au cours desquelles Madagascar a changé, le monde a changé, les technologies ont bouleversé notre métier et la manière dont chacun accède à l’information. Le journal, lui aussi, a évolué.
Cette 43e année restera cependant particulière.
Elle aura d’abord été marquée par la disparition de l’un de nos fondateurs. Son absence laisse un vide, mais son empreinte demeure. Elle demeure naturellement à travers « Le Naïf », cette rubrique qui porte encore quelque chose de son regard sur la société, de son esprit et de sa liberté de ton.
Mais son héritage va bien au-delà d’une rubrique.
Il était architecte
Et, d’une certaine manière, c’est aussi en architecte qu’il avait contribué à construire Midi Madagasikara : avec de la méthode et de la rigueur, mais également avec cette créativité indispensable lorsqu’il faut imaginer, adapter et bâtir pour durer. Cet état d’esprit continue de nous accompagner. Car un journal, comme un édifice, doit reposer sur des fondations solides tout en étant capable d’évoluer avec son époque.
À cette mémoire répond une présence toujours aussi précieuse : celle de Marthe Rajaofera Andriambelo, fondatrice de Midi Madagasikara.
Du haut de ses 90 ans, elle continue d’éclairer notre chemin et de nous guider. Témoin privilégié de plus de quatre décennies d’histoire du journal, elle en incarne la mémoire, la continuité et les valeurs. Son expérience, son regard et ses conseils demeurent des repères pour les générations qui ont progressivement pris le relais.
Car transmettre ne signifie pas seulement confier une œuvre à ceux qui viennent après. C’est aussi leur rappeler les principes sur lesquels elle a été bâtie, tout en leur laissant la responsabilité de la faire évoluer. Midi Madagasikara s’inscrit ainsi dans une histoire qui dépasse les générations : une histoire que chacun reçoit, enrichit à son tour, puis transmet.
Pouvoir encore compter aujourd’hui sur l’une de ses fondatrices, sur son expérience et sur son attachement intact au journal, constitue pour nous une chance, un privilège, mais aussi une responsabilité : celle de rester fidèles à l’esprit des origines sans jamais cesser de préparer l’avenir.
Et cet avenir se construit dans une époque de profonds bouleversements.
Cette année aura notamment été celle d’un tournant politique majeur pour Madagascar. Le soulèvement de la jeunesse malgache, la destitution du pouvoir d’Andry Rajoelina puis la mise en place du gouvernement de la « Refondation de la République » ont ouvert une nouvelle séquence de notre histoire nationale.
Dans ces périodes de rupture, le rôle de la presse devient encore plus essentiel.
Un journal n’a pas vocation à accompagner un pouvoir, pas davantage qu’à devenir l’instrument de ceux qui le contestent. Il doit observer, vérifier, expliquer, interroger et, lorsque cela est nécessaire, confronter les paroles aux faits. Il doit donner la parole sans abandonner son discernement et rendre compte des événements sans se laisser emporter par eux.
C’est précisément lorsque les passions sont les plus fortes que la rigueur, l’objectivité et la neutralité prennent tout leur sens.
Le contexte international nous le rappelle également. Les tensions géopolitiques et la guerre entre les États-Unis et l’Iran ont ajouté de nouvelles incertitudes à un monde déjà profondément instable. Des conflits qui peuvent sembler lointains ont désormais des conséquences économiques, diplomatiques, énergétiques et sociales qui franchissent rapidement les frontières. Madagascar n’est pas isolé de ces bouleversements.
Face à cette multiplication des événements et à l’accélération permanente de l’information, notre métier connaît lui-même une transformation profonde.
Les réseaux sociaux ont bouleversé la vitesse de circulation des nouvelles. Les smartphones ont modifié les habitudes de lecture. La vidéo, les plateformes numériques et, désormais, l’intelligence artificielle transforment la production et la diffusion de l’information. Une nouvelle génération de lecteurs attend davantage d’immédiateté, d’interactivité et de nouveaux formats.
Nous devons répondre à ces attentes.
Mais innover ne signifie pas renoncer à ce que nous sommes.
La technologie doit nous permettre d’être plus rapides, plus accessibles et plus proches de nos lecteurs. Elle ne doit jamais nous dispenser de vérifier. L’immédiateté ne doit pas prendre le pas sur l’exactitude. La recherche d’audience ne doit pas remplacer la pertinence. Et l’opinion, aussi légitime soit-elle lorsqu’elle est clairement identifiée comme telle, ne doit jamais être confondue avec l’information.
C’est dans cet équilibre que se dessine l’avenir de Midi Madagasikara : la continuité dans les principes, l’innovation dans les moyens.
Continuer à défendre une information rigoureuse, objective et indépendante. Maintenir la pluralité des points de vue. Refuser de transformer nos pages et nos plateformes en instruments de parti pris. Mais, parallèlement, continuer à moderniser nos supports, développer le numérique, expérimenter de nouveaux formats et renouveler notre manière de raconter Madagascar.
Nous ne voulons ni rester prisonniers du passé, ni effacer ce qu’il nous a transmis.
À 43 ans, Midi Madagasikara doit savoir préserver ses fondations tout en continuant à construire.
C’est sans doute la meilleure manière d’honorer ceux qui l’ont bâti : conserver la rigueur de l’architecte, préserver la sagesse de ceux qui nous ont précédés, mais ne jamais perdre la liberté de créer et la volonté d’avancer.
À celles et ceux qui ont fondé ce journal, à celles et ceux qui l’ont fait vivre pendant plus de quatre décennies, à nos journalistes, photographes, correspondants, équipes techniques, administratives et commerciales, à nos partenaires et, surtout, à nos lecteurs, nous adressons aujourd’hui notre reconnaissance.
Quarante-trois ans après sa création, Midi Madagasikara continue son histoire.
Avec sa mémoire.
Avec son époque.
Avec ses valeurs.
Et avec la volonté intacte de continuer à informer.
Jeremy R.




