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jeudi, septembre 17, 2026
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Radoniaina Rakotoranto : « La vraie souveraineté, c’est savoir dire non quand on ne maîtrise pas le risque »

Le jeune économiste et environnementaliste Radoniaina Rakotoranto.

Madagascar s’égare dans un faux débat entre protection et exploitation minière. Pour l’économiste et environnementaliste Radoniaina Rakotoranto, l’urgence est de bâtir une gouvernance forte pour transformer la ressource en richesse durable.

Midi Madagasikara (M.M.) : Comment analysez-vous le débat actuel sur l’exploitation minière ?

Radoniaina Rakotoranto (R.R.) : Le débat est aujourd’hui confisqué par le politique et l’émotion, au détriment de l’analyse technique. Dès qu’un investisseur étranger se manifeste, on agite les mêmes réflexes : vente de la patrie, bradage, trahison. La défense de la souveraineté et de l’environnement est légitime. Mais elle bascule trop souvent en discours nationaliste et xénophobe, qui empêche de juger le fond : qualité du contrat, partage de la rente, impacts environnementaux et capacité réelle de l’État à contrôler. C’est là que se joue l’enjeu politique majeur. Notre histoire récente montre que la question des ressources, quand elle est instrumentalisée, devient un facteur d’instabilité. Or Madagascar a des experts compétents – droit minier, géologie, économie de l’environnement, études d’impact – qui se taisent par peur d’être traités de « mpivarotra tanindrazana ». Il faut rouvrir un espace où l’on peut défendre une exploitation sous conditions sans être un traître, et s’y opposer sans être un ennemi du développement.

M.M. : La radioactivité évoquée autour de Base Toliara doit-elle, par exemple, conduire au rejet du projet minier ?

R.R. : C’est un risque et un impact potentiel sur la santé publique qu’on ne doit jamais minimiser. Mais, techniquement, il faut distinguer l’existence d’un risque ou d’un impact et sa maîtrise. Quel niveau d’exposition ? Quelles populations sont concernées ? Quelles normes ? Qui contrôle les données ? Qui assume les conséquences en cas de fuite ? La question n’est donc pas seulement : y a-t-il un risque ou un impact ? Mais sommes-nous réellement capables de les maîtriser ? Si, après une expertise indépendante, la réponse est non, l’État doit avoir la force politique de dire non. C’est cela, la souveraineté : ne pas refuser par principe, mais savoir refuser lorsque cela est réellement nécessaire.

M.M. : Où placer, alors, le vrai débat ?

R.R. : Sur le coût d’opportunité et sur l’usage de la rente. Que gagne-t-on avec le statu quo sans exploitation ? Et la mine est-elle le meilleur usage de ce territoire face à d’autres usages économiques : agriculture, tourisme, pêche ou conservation ? Un projet ne se compare pas à rien, il se compare à d’autres trajectoires de développement durable. Ensuite, la question la plus politique : que fait l’État de la rente ? Même avec un bon contrat, si les recettes financent des dépenses courantes, la population n’en verra pas la couleur. L’enjeu est de transformer un capital naturel épuisable en capital durable : capital humain – éducation, santé, formation – et capital productif – routes, énergie, irrigation, numérique. C’est à cette condition que l’exploitation minière pourra contribuer à réduire notre dépendance extérieure et à amorcer véritablement le processus de développement de Madagascar.

M.M. : Quelle est la dimension géopolitique ?

R.R. : Elle est devenue centrale. Dans un monde de rivalités pour les ressources stratégiques, Madagascar ne doit pas rester un simple territoire d’extraction. Notre souveraineté ne se mesurera pas au nombre d’investisseurs refusés, mais à notre capacité à négocier, à maximiser la valeur créée localement, à former des compétences et à diversifier nos partenaires. Cela suppose trois conditions politiques : transparence totale sur les contrats et les revenus, institutions solides et contrôle indépendant, et une vision de long terme qui échappe à la myopie électorale. Sinon, on reproduit le cycle malgache : on renverse un pouvoir au nom du peuple, on brade ou on bloque, et on rate la transformation. Il faut sortir du faux dilemme : exploiter contre protéger. La vraie question est : avons-nous une gouvernance capable de convertir notre patrimoine collectif en développement pour aujourd’hui et pour les générations futures ?

Recueillis par Julien R.

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