
Sur la plage de Ramena, quelque chose se trame. À première vue, le calme d’un village de pêcheurs, au rythme des vagues : ça travaille
Du 18 au 27 mars, Ramena est plus qu’une plage fréquentée par les touristes : cette contrée devient un espace de recherche à part entière. Ces dix jours seront un moment pour comprendre autrement. La création se structure progressivement sous la forme d’un triptyque : la poésie, la danse et l’image. Le travail ne s’arrête pas à la scène. Photographies et vidéos viennent prolonger l’expérience, construire une mémoire visuelle et sonore. Une autre manière de raconter, qui déborde le temps de la performance et trouve écho ailleurs, notamment sur la plateforme liée à Kabarimbehivavy.
« Sous l’eau qui dort » ne se présente pas comme un spectacle. C’est un processus, une traversée, un espace en mouvement. Une création qui refuse de se figer trop vite, qui préfère habiter le doute, l’essai, la transformation… Trois artistes s’y engagent amplement, dans une complicité déjà éprouvée. Izika jongle avec les mots, Chacha engage le corps, Magalie Grondin travaille la matière. Trois disciplines, mais une même écoute. Une manière d’avancer ensemble, sans hiérarchie, en laissant les langages dialoguer, se répondre, parfois se heurter.
À l’origine de cette dynamique, il y a un ancrage fort : l’Alliance Française d’Andavamamba. Ce centre culturel agit ici comme catalyseur, rend possible la rencontre, soutient l’expérimentation, accompagne la naissance de formes encore fragiles. Porté par une bourse de création, puis approfondi lors d’une résidence en 2025, le projet est désormais en cours de réalisation. En lien étroit avec la DAC et la Région Réunion, Kabarimbehivavy, « au chant des sirènes », s’avère une première étape où voix, corps et matières entrent en résonance. Cette nouvelle phase creuse les mêmes lignes de force, tout en les déplaçant. Bien entendu, l’esthétique ne se détache jamais du politique. Elle est traversée par des questionnements écoféministes, décoloniaux, queer. Elle interroge les rapports au territoire, aux mémoires, aux corps.
Un geste partagé avec le public
Le vendredi 27 mars prochain, au Liber’art, une restitution viendra ponctuer cette résidence. Pas une finalité, mais plutôt une ouverture. Montrer un état du travail, donner accès à ce qui est encore en train de se faire, partager les zones d’incertitude autant que les élans. Ce qui se joue aujourd’hui à Ramena n’est peut-être qu’un début…
Recueillis par Iss Heridiny


