
Madagascar figure désormais parmi les pays engagés dans une trajectoire d’« autocratisation ». C’est la principale conclusion du Democracy Report 2026, publié par le Varieties of Democracy (V-Dem) Institute de l’Université de Göteborg, en Suède.
Le diagnostic est sans appel. L’étude, menée chaque année par le Varieties of Democracy (V-Dem) Institute de l’Université de Göteborg, classe la Grande Île parmi les « autocraties électorales » et identifie 2022 comme le point de départ du recul démocratique observé dans le pays. Madagascar apparaît, en effet, cette année parmi les dix nouveaux pays officiellement identifiés comme entrant dans un « processus d’autocratisation », selon l’étude menée par ce centre rattaché à l’University of Gothenburg, en Suède. Les chercheurs du V-Dem précisent que le pays figurait déjà dans leur liste de surveillance publiée en 2025, avant que les données les plus récentes ne confirment définitivement cette évolution. Aux côtés de Madagascar figurent notamment les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Italie, la Slovaquie, la Slovénie, le Togo, le Cambodge, le Koweït et la Croatie. Le rapport souligne que l’Afrique subsaharienne concentre aujourd’hui le plus grand nombre de pays engagés dans une dynamique de recul démocratique. Sur les 51 États de la région, douze, soit près d’un quart, sont considérés comme des « autocratiseurs » en 2025 : Burkina Faso, République centrafricaine, Guinée, Guinée-Bissau, Côte d’Ivoire, Madagascar, Mali, Mauritanie, Mozambique, Niger, Sénégal et Togo. À l’inverse, seuls sept pays affichent une trajectoire de démocratisation : le Bénin, le Botswana, la Gambie, le Lesotho, Maurice, les Seychelles et la Zambie.
Le rapport met également en évidence plusieurs indicateurs préoccupants concernant Madagascar. Les experts observent une dégradation de la liberté d’association, marquée par un contrôle accru des autorités sur la création et la dissolution des organisations de la société civile. Madagascar est cité parmi les vingt-trois pays où cette tendance s’accentue. Les conditions d’organisation des élections suscitent également des inquiétudes. V-Dem relève une diminution de l’intégrité électorale, notamment à travers une baisse des critères de liberté et d’équité des scrutins. Madagascar figure parmi les vingt pays où ces indicateurs se sont détériorés au cours des dernières années, aux côtés notamment du Cambodge et du Nicaragua, selon l’étude.
113e. Le rapport souligne par ailleurs que les pratiques d’intimidation liées aux processus électoraux progressent dans plusieurs États à travers le monde. Le classement mondial du Liberal Democracy Index (LDI) confirme cette tendance. Madagascar occupe la 113e place sur 179 pays, loin derrière les démocraties les mieux notées que sont le Danemark, la Suède, la Norvège, la Suisse et l’Estonie, dans le top 5 du classement mondial de l’étude. Cette évaluation intervient dans un contexte politique particulièrement sensible. Depuis les élections présidentielles de 2023 et législatives de 2024, le climat politique malgache reste marqué par des contestations de l’opposition, des débats sur l’indépendance des institutions et des interrogations récurrentes sur la qualité du processus démocratique.
Sans se prononcer sur des événements politiques précis, le V-Dem s’appuie sur une batterie de centaines d’indicateurs couvrant les libertés publiques, les institutions, les élections, l’État de droit et les contre-pouvoirs pour mesurer l’évolution des régimes politiques. Référence internationale en matière d’évaluation de la démocratie, le Varieties of Democracy (V-Dem) constitue aujourd’hui la plus vaste base de données mondiale sur les régimes politiques. Le programme rassemble plus de 4 200 chercheurs et experts, analyse 202 pays et territoires et s’appuie sur plus de 32 millions de données couvrant la période allant de 1789 à 2025. Plus de 600 indicateurs sont mobilisés afin d’évaluer les différentes dimensions de la démocratie et d’identifier les évolutions, qu’elles soient vers une consolidation démocratique ou vers une dérive autoritaire.
Rija R.





