
Combien de fois faudra-t-il encore répéter que les modestes vacataires des universités malgaches sont installés dans une précarité devenue presque institutionnelle ? Ils sont pourtant toujours là. Ils travaillent pendant toute l’année, afin que les enfants du peuple deviennent un jour l’orgueil de la Nation.
Cela fait quatre ans qu’on ne les a pas vus brandir pancartes et banderoles. Pourtant, leur demande était d’une simplicité désarmante : réclamer leurs salaires en retard dans un délai raisonnable. Déjà, ces savants dévoués n’avaient reçu qu’une partie de ce qui leur était dû. Puis le silence s’installa, ce langage administratif dont les gouvernements qui se sont succédé semblent connaître à fond les subtilités.
#La vocation en guise de fiche de paie
Début 2026, un arrêté ministériel a fixé à 25 000 ariary le tarif horaire de leurs prestations. Une annonce qui soulage. Peu après, une promesse est venue nourrir les espérances : « Les enseignants vacataires seront payés dans leur totalité avant la fête nationale », a-t-il été affirmé. Malheureusement, cette lueur d’optimisme disparut rapidement lorsque la majorité apprit que le taux avait finalement été abaissé à 6 000 ariary. Ces soldats de la craie et du tableau blanc attendent donc leur juste rétribution. Tandis que les diplômés de l’ENS et de l’ENSET se lancent dans une série de grèves pour décrocher un poste dans la fonction publique, eux continuent leur mission avec un portefeuille désespérément clairsemé. En attendant, les factures impayées et les devis des frais de scolarité de leurs enfants s’accumulent sur la vieille table du salon. Eux aussi ont l’espoir d’être recrutés. Ils ne veulent pas prendre la voie contestataire de leurs plus audacieux benjamins, de peur d’être écartés de l’Université. Faut-il vraiment le répéter ? Ces « intervenants extérieurs », qui doivent servir la Nation par le savoir, préparent souvent leurs cours dans le noir des délestages. Vêtus de guenilles, chaussés de souliers que la saison des pluies transforme en passoires, ils continuent tout de même à remplir leurs fonctions… ingrates. Les céphalées causées par la chaleur, les migraines tenaces, les estomacs criant famine, les jambes appesanties par de longues marches : rien de tout cela ne les empêche d’aller à leur poste. Ils savent que transmettre leur savoir relève à la fois du devoir, de la responsabilité et d’une véritable vocation. « Je me lève à trois heures et demie pour préparer mes cours. À cinq heures, je prends mon petit déjeuner. Je pars de chez moi à 5h30 et je traverse cinq quartiers avant d’arriver à l’université. L’après-midi, je ne rentre pas chez moi, car mes cours reprennent à 13h30. Je prends donc place dans une gargote modeste, où je déguste une soupe pour 1 000 ariary. C’est ainsi mon quotidien », confie un jeune assistant d’enseignement supérieur et de recherche qui préfère garder l’anonymat.
# Les dettes s’accumulent
À cette situation déjà peu enviable s’ajoute l’exigence permanente de la qualité. Comment répondre à cette attente quand la rémunération intervient avec des années de retard ? Ainsi, il n’est pas étonnant que plusieurs cherchent une activité complémentaire pour subvenir aux besoins de leur foyer. « J’ai choisi de donner des cours du soir aux élèves de terminale. C’est de là que je tire ma vie. Mais les revenus restent faibles, car les parents eux-mêmes ont du mal à payer tous les frais. Je les comprends. Mieux vaut recevoir tout de suite une petite somme que d’attendre indéfiniment les arriérés que l’État consentira peut-être à payer un jour », explique Armelo R.
# Les ouvriers du savoir !
Ces vacataires font beaucoup pour une somme modique et sont bien souvent traités avec une indifférence déconcertante. Certains collègues titulaires, les étudiants les regardent de haut, comme s’ils appartenaient à une catégorie à part. Ils sont devenus les ouvriers invisibles de l’intelligence, de l’imaginaire collectif. Il faut bien reconnaître que depuis dix ans, l’enseignement supérieur dans la Grande-Île n’est plus tout à fait ce qu’il était. Les amphithéâtres, les salles de cours, les bureaux administratifs : tout semble baigné d’une atmosphère lourde. Les visages sont marqués par l’épuisement et le découragement. Depuis longtemps, la sérénité a fui les lieux, cédant la place à la tension et aux inquiétudes quotidiennes. Puis, rentrés chez eux, les corps réclament leur dû. Les muscles se contractent avec douleur, les crampes les traversent lentement, comme des rats courant dans une conduite vide. C’est une image peu élégante, certes, mais sans doute moins choquante que la réalité qu’elle décrit.
En définitive, ces soldats armés de marqueurs ont littéralement fait leurs preuves. La passion, la bravoure et le dévouement les poussent davantage à donner tout ce qu’ils ont dans les tripes. En revanche, la balle est désormais dans le camp du régime Fanavaozana, qui a crié haut et fort que « l’enseignement ne sera plus négligé ». Apparemment, les actes ne rejoignent pas les déclarations.
Iss Heridiny





