
Tous les régimes politiques qui se sont succédé au pays ont chacun eu leur histoire de détenus politiques
En effet, la vengeance et le règlement de comptes, ainsi que l’élimination politique des adversaires potentiels, sont monnaie courante dans la pratique politique malgache. C’est devenu une tradition irréprochable chez les politiciens malgaches. Le régime Ravalomanana détient le record en termes de nombre de prisonniers politiques. D’après les informations, 340 personnalités politiques, militaires ou civiles proches de l’ancien président Didier Ratsiraka seraient passées par la case prison après les événements de 2002. Une trentaine y étaient restées jusqu’en 2009. Au lendemain de son accession au pouvoir en 2009, Andry Rajoelina, qui était alors président de la Haute Autorité de la Transition, avait signé un décret ayant permis la libération des 37 derniers détenus politiques du régime Ravalomanana. C’était aussi la fin du calvaire pour ceux qui avaient choisi l’exil pour échapper aux poursuites judiciaires. Des prisonniers politiques, il y en avait eu aussi sous le régime déchu d’Andry Rajoelina. Il convient de rappeler qu’avant de quitter le pouvoir au mois d’octobre dernier, l’ancien président avait signé un décret portant libération de 8 détenus politiques, dont 3 personnes impliquées dans l’affaire Apollo 21, l’opérateur économique Mbola Rajaonah, 2 journalistes, 1 maire et 1 député. Après le départ en exil de l’ex-président, le régime de refondation a encore libéré plusieurs autres prisonniers, dont la qualification de politiques fait débat.
Atteinte à la sûreté
Sept mois après sa prise de pouvoir, le régime de refondation a déjà fait plusieurs détenus politiques. Parmi eux figurent 8 proches collaborateurs d’Andry Rajoelina et de grandes figures du régime Volomboasary. Il s’agit, en l’occurrence, de l’ancien président du Sénat, le général Richard Ravalomanana, de l’ancienne ministre de l’Éducation nationale Sahondrarimalala Marie Michelle, de l’ancien ministre des Transports Valery Ramonjavelo, de l’ancienne directrice de la communication à la Présidence, Rinah Rakotomanga, de l’ancien député de Tana V Naivo Raholdina, de l’ancien sénateur Sylvain Rabetsaroana, de l’ancien gouverneur de la région Vakinankaratra Vyvato Rakotovao, du président du parti Ny Fireneko Paul Rabary, mais aussi du président du fokontany Anosizato-Est Jean Nirina Rafanomezantsoa, non moins président de l’association HAFARI Malagasy. À ne pas oublier aussi l’emprisonnement d’anciens collaborateurs et partisans de la refondation, tels que le colonel Patrick Rakotomamonjy, directeur du Bureau des doléances du PRRM, le Gal Alfred Rakotomaronirina, DG par intérim du Fonds souverain malagasy, un ressortissant étranger dénommé Guy Barret et deux jeunes militants incarcérés à Tsiafahy et à Antanimora. Rien que pour le dossier relatif à un présumé projet d’assassinat contre le colonel Michaël Randrianirina et son épouse, 13 personnes sont mises en cause. Quant aux anciens responsables d’Orange, ils sont poursuivis pour atteinte à la sûreté de l’État et préparation d’actes de déstabilisation contre le régime en place.
Lettre morte
Quelques semaines avant le grand rendez-vous de la concertation nationale, le sort de ces prisonniers politiques reste dans l’incertitude, alors que certains d’entre eux figurent parmi les mandataires de l’ancien président Andry Rajoelina. Pour ne citer que Rinah Rakotomanga et Marie Michelle Sahondrarimalala. Pour le moment, la recommandation du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, qui, à l’issue de leur 1 335e réunion tenue le 10 mars dernier, appelait à la libération sans condition de tous les détenus politiques, semble rester lettre morte. On sait pourtant qu’outre l’organisation d’une concertation nationale consensuelle et inclusive, cela fait aussi partie des conditions pour la levée des sanctions internationales contre la Grande Île. D’autant plus que, si l’on veut vraiment instaurer une véritable refondation, la rupture avec les mauvaises pratiques politiques du passé est de mise.
Davis R.


