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lundi, août 31, 2026
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Réforme du système électoral : Une préconcertation des partis politiques en avant-première

Hanitra Razafimanantsoa, ministre en charge de la Refondation.

Le compte à rebours est enclenché. Prévu initialement pour le mois de juillet, le lancement des concertations nationales sera finalement avancé au 3 juin prochain.

L’annonce a été réitérée vendredi dernier par la ministre en charge de la Refondation, Hanitra Razafimanantsoa, lors d’une conférence de presse au cours de laquelle le pouvoir a commencé à dévoiler les contours politiques d’un chantier présenté comme historique, notamment la mise en place de la Vème République. Derrière ce calendrier accéléré, une volonté politique assumée. Selon la ministre, le Chef de l’État a demandé d’avancer les échéances prévues dans le chronogramme initial. « On est dans le timing du cadre du chronogramme initial », a-t-elle insisté, tout en affirmant que le processus reste conforme à la feuille de route de la Refondation. Ce programme a déjà été présenté à la communauté internationale en février dernier. Une accélération qui traduit, laisse-t-on entendre, surtout l’empressement du régime à ouvrir un processus censé redéfinir les bases institutionnelles du pays. Car l’enjeu dépasse largement une simple série de discussions publiques.

Le pouvoir affiche désormais ouvertement son objectif. Il s’agit d’aboutir à une réforme institutionnelle majeure conduisant à l’instauration d’une Vème République, selon Hanitra Razafimanantsoa. Pour y parvenir, un document d’orientation nationale sera élaboré à partir des résultats des concertations organisées à travers tout le territoire, depuis les fokontany jusqu’au niveau national. Ce texte servira ensuite de base à une future élection constitutionnelle. Le gouvernement veut ainsi donner à ce processus une dimension populaire et territoriale. Cinq niveaux de concertation sont prévus : fokontany, communes, districts, régions, puis niveau national. La ministre parle d’une « démarche citoyenne, décentralisée, inclusive et souveraine ». Un vaste mécanisme de consultation qui ambitionne officiellement de faire remonter les aspirations de la base vers le sommet de l’État, affirme-t-elle. Mais derrière cette architecture institutionnelle soigneusement présentée, la question de la conduite réelle du processus reste centrale.

Le régime tente manifestement de se protéger des accusations de mainmise politique. Le pouvoir assure ainsi que l’État « ne dirigera pas les concertations ». Le rôle de l’État serait limité à l’appui logistique et financier, ainsi qu’à la garantie de mise en œuvre du programme de refondation, selon Hanitra Razafimanantsoa. Le débat, lui, serait confié au FFKM. Le Conseil œcuménique des Églises chrétiennes malgaches se retrouve ainsi propulsé au cœur du dispositif. Toujours selon Hanitra Razafimanantsoa, le FFKM dispose du mandat pour diriger les concertations et identifier les personnes ressources chargées d’animer les discussions à travers le pays. Le gouvernement mise clairement sur l’image de neutralité dont bénéficie encore l’organisation religieuse pour crédibiliser une initiative déjà observée avec prudence par une partie de l’opinion. Cette stratégie n’est pas anodine.

Reconnu depuis plusieurs décennies, le FFKM s’est imposé comme un acteur privilégié des grandes médiations politiques malgaches. En s’appuyant sur cette structure, le pouvoir cherche à donner une légitimité morale et consensuelle à un processus qui touche directement à l’avenir institutionnel du pays. La ministre a d’ailleurs rappelé avec insistance que « le FFKM est reconnu pour sa neutralité ». Reste que les premières zones de tension apparaissent déjà. Le gouvernement affirme vouloir des concertations « inclusives », mais certaines déclarations risquent d’alimenter immédiatement la polémique. Les partisans de l’ancien président Andry Rajoelina seront invités à participer au processus. En revanche, l’ancien président lui-même ne sera pas convié, selon les propos de la ministre.

Le pouvoir prépare également un second chantier explosif, notamment la réforme de la gouvernance électorale. Une concertation spécifique sera organisée autour des listes électorales, des textes électoraux et du futur code électoral unique. Là encore, le processus partira des communes avant de remonter progressivement les différents échelons administratifs. Le gouvernement semble toutefois pressé sur ce terrain. Hanitra Razafimanantsoa a reconnu que la refonte des listes électorales ne pouvait attendre la fin des concertations nationales. En clair, certaines réformes pourraient commencer avant même que le débat national ne soit achevé. Une manière, pour l’exécutif, d’éviter un retard du calendrier politique, mais aussi un signal révélateur de l’urgence qui entoure la préparation des prochaines échéances électorales. La question de la Commission électorale nationale indépendante reste également sensible.

La ministre a rappelé que la CENI demeure une entité constitutionnelle et qu’elle ne peut être dissoute « d’un seul coup ». Mais elle a aussitôt laissé une porte ouverte : si les concertations nationales décident autrement, « c’est autre chose ». Une déclaration qui confirme que les discussions pourraient déboucher sur une remise à plat profonde de l’architecture institutionnelle actuelle. Dans le programme de refondation présenté par le gouvernement, l’ordre des futures élections commence aussi à se dessiner. À titre indicatif, l’élection présidentielle devrait être organisée avant les autres scrutins. Une précision loin d’être anodine dans un contexte où la réforme des institutions et celle du système électoral pourraient profondément modifier les règles du jeu politique.

Rija R.

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