La révolution agricole est en marche dans le Moyen-Ouest. Vendredi dernier, les champs d’Ambalanjanakomby ont vibré au rythme du « Santabary », célébrant les premiers résultats spectaculaires du riz hybride pluvial Yuan’s 7. Entre prouesses technologiques et résilience face au changement climatique, la variété chinoise promet de tripler les rendements, ouvrant grand la voie à l’autosuffisance alimentaire tant prônée par l’État malgache.
Un « Santabary » sous le signe de la modernité
C’est une image forte qui restera gravée dans les annales agricoles du district de Tsiroanomadidy. Dans le village d’Antsampanimahazo, dans le fokontany d’Ambalanjanakomby, au cœur de la commune de Tsiroanomandidy Fihaonana, les autorités locales, les diplomates et les paysans se sont réunis pour constater de visu ce que beaucoup qualifiaient encore de « miracle » il y a quelques mois.
L’événement n’était pas seulement une célébration traditionnelle des prémices. Il marquait l’aboutissement d’un partenariat stratégique entre la société Yuan’s Madagascar, la Communauté royale de Madagascar, l’ambassade de la République populaire de Chine et les autorités de la région Bongolava. En présence de S.E.M. Ji Ping, ambassadeur de Chine à Madagascar, les premiers coups de faucille ont révélé des panicules lourdes et dorées, témoins d’une réussite agronomique majeure pour le projet « Riz pluvial » basé sur la semence hybride Yuan’s 7.
La résilience face aux aléas : le témoignage du terrain
La campagne agricole 2025-2026 n’a pourtant pas été de tout repos. Entre retards de pluie et épisodes de sécheresse intense, les nerfs des riziculteurs ont été mis à rude épreuve. Pourtant, là où les variétés locales ont peiné, le Yuan’s 7 a brillé par sa robustesse.
Tovosoa Landry Jul Aimé, l’un des paysans pionniers de ce projet, ne cache pas son enthousiasme, malgré un début de saison stressant : « Nous avons semé tardivement, vers la deuxième semaine de décembre, alors que nos voisins sarclaient déjà leurs champs. Mais dès la germination, la croissance a été fulgurante. Même quand la sécheresse a frappé et que les gens disaient que notre riz était perdu, la plante a tenu bon. Elle résiste à la chaleur de façon impressionnante ».
Le constat technique est sans appel : avec une capacité de tallage (nombre de tiges par pied) bien supérieure à celle des variétés classiques comme le X12 ou le RK4, le riz hybride maximise l’occupation du sol. « Ce qui est incroyable, c’est que, même alors que le riz est à maturité et prêt à être récolté, de nouvelles pousses apparaissent déjà à la base », ajoute Tovosoa. Pour lui, la transition est évidente : sur une parcelle où il récoltait habituellement 1,5 tonne, les prévisions de rendement dépassent désormais les 2 tonnes à l’hectare, voire bien plus avec une maîtrise technique optimale.
Une rupture technologique : jusqu’à 6 tonnes par hectare
Si le passage de 1,5 à 2 tonnes réjouit les petits exploitants, le potentiel réel du Yuan’s 7, tel que présenté par les techniciens, est bien plus ambitieux. Fanilo Randriantsizafy, responsable de projet au sein de la société Yuan’s Madagascar, affiche des objectifs clairs. « Sur l’ensemble des 16 hectares que nous avons accompagnés dans le Bongolava, la moyenne de rendement se situe entre 5 et 6 tonnes par hectare. C’est une performance exceptionnelle pour du riz pluvial (riz d’en-haut), qui, d’ordinaire, produit beaucoup moins que le riz irrigué ».
Le cycle court de la variété (125 à 130 jours) est un atout majeur dans un contexte climatique de plus en plus imprévisible. En quatre mois, le paysan sécurise sa récolte. Cependant, cette productivité exige une discipline certaine. Comme le souligne Herilanto Ratovomasy, un autre producteur, le riz hybride demande un sarclage rigoureux, car il supporte mal la concurrence des mauvaises herbes. « C’est un investissement en travail, mais le résultat est là : le rendement est trois fois supérieur à celui de nos semences habituelles », explique-t-il.
L’indépendance alimentaire : un enjeu de dignité nationale
Au-delà des chiffres, c’est une véritable vision géopolitique et sociale qui se dessine derrière ces rizières. Pour le responsable de projet de Yuan’s Madagascar, le paradoxe malgache doit cesser : « À Madagascar, 80% de la population est composée de paysans, et pourtant nous importons encore du riz. Dans d’autres pays, seuls 10% de la population cultivent la terre, mais ils parviennent à exporter ».
L’objectif affiché est la souveraineté alimentaire. En rejoignant le club des 70 pays pratiquant la riziculture hybride, Madagascar s’offre les moyens de son autonomie. La société Yuan’s Madagascar réitère d’ailleurs son ouverture : que ce soit avec des coopératives, des associations ou des particuliers, les portes sont ouvertes pour diffuser cette technologie sur l’ensemble de la Grande île.
La Chine, un partenaire historique et technique
L’implication de Pékin dans ce secteur n’est pas nouvelle, mais elle prend une dimension de plus en plus concrète et décentralisée. S.E.M. Ji Ping a rappelé que, depuis 2007, les experts chinois travaillent main dans la main avec les techniciens malgaches pour adapter les semences aux spécificités du terroir local (climat, sol, habitudes culturales).
« La récolte d’aujourd’hui n’est pas seulement le fruit d’un travail agricole, c’est un symbole de confiance en l’avenir. La Chine est prête à renforcer les échanges techniques pour que le rêve de l’autosuffisance alimentaire malgache devienne une réalité quotidienne », a déclaré le diplomate.
Le Bongolava, futur grenier du riz hybride ?
La Cheffe de région, présente lors de la cérémonie, n’a pas manqué de souligner l’importance stratégique de sa circonscription. Réputé pour son dynamisme agricole et pastoral, le Bongolava se veut être le laboratoire de la modernisation.
« Nous encourageons tous les paysans à adopter ces techniques modernes. Le développement de notre région passe par l’augmentation de la production. Si le paysan produit plus, c’est toute l’économie locale qui décolle », a-t-elle martelé, incitant ses administrés à suivre l’exemple des sites pilotes d’Ambalanjanakomby.
L’exemple de Tsaramaro, un agriculteur ayant testé l’hybride sur un hectare de terre auparavant en friche, illustre parfaitement ce changement d’échelle : « J’ai vu que ce riz était « courageux » face à la terre difficile. Pour l’année prochaine, je ne me contenterai pas d’un hectare, je passerai à 5 hectares minimum ».
Un espoir pour les foyers malgaches
Le riz n’est pas qu’une simple denrée à Madagascar ; il est le socle de la culture et le premier poste de dépense des ménages. Le succès du projet riz pluvial Yuan’s 7 dans le Bongolava prouve qu’avec les bonnes semences et un encadrement technique adéquat, la fatalité de la pauvreté rurale peut être brisée.
Alors que le projet s’apprête à passer à une phase de déploiement plus large, l’espoir de voir le riz « safiotra » remplir les greniers de toute la nation n’a jamais été aussi tangible. Madagascar, autrefois exportateur de riz, semble enfin avoir trouvé les clés pour reconquérir son titre de grenier de l’océan Indien.
Dossier réalisé par Julien R




