
Pour les familles malgaches, la rentrée scolaire constitue bien plus qu’une dépense ponctuelle. Cette période est celle où les ménages sont contraints de sacrifier certains besoins pour envoyer leurs enfants à l’école.
Frais de scolarité, fournitures, vêtements, transport et autres charges arrivent au même moment et peuvent provoquer un véritable choc budgétaire. Pour les ménages aux revenus limités, le choix est alors moins celui de scolariser ou non les enfants que celui de déterminer quelles autres dépenses devront être reportées, réduites ou sacrifiées. La difficulté tient d’abord à la concentration des dépenses. Quelques jours suffisent pour devoir réunir plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de milliers d’ariary lorsque plusieurs enfants sont scolarisés.
Situation. Dans les ménages disposant de peu de marge financière, cette accumulation bouleverse l’équilibre mensuel. Le phénomène est révélateur d’une vulnérabilité plus générale. Lorsque le budget ne peut absorber une dépense supplémentaire, celle-ci se répercute nécessairement ailleurs. Certaines familles réduisent leurs achats courants, reportent une dépense de santé, renoncent à un équipement nécessaire, sollicitent un proche ou recourent à l’emprunt.
Contrainte. Pourtant, les parents ne considèrent généralement pas l’école comme une dépense ordinaire. Elle représente un investissement dans l’avenir de leurs enfants. Plusieurs études établissent d’ailleurs un lien important entre niveau d’éducation et pauvreté à Madagascar. Dans plusieurs données de référence, la pauvreté extrême concernait 75 % des personnes sans éducation, contre 33 % de celles ayant atteint au moins le secondaire. C’est là tout le paradoxe. Pour améliorer les perspectives économiques de leurs enfants, les familles doivent accepter un effort financier immédiat qui peut fragiliser leur propre équilibre. L’idée d’une politique éducative efficace, qui ne consiste pas seulement à permettre l’entrée à l’école mais surtout à rendre le parcours scolaire financièrement soutenable pour les familles les plus vulnérables, constitue une matière à réflexion.
José Belalahy





