Certains bâtiments ne se contentent pas d’occuper l’espace urbain, ils racontent une époque. La Résidence de la Place Kabary d’Antsiranana est de ceux-là. Édifiée en 1892 sous l’administration d’Ernest Froger, premier gouverneur de Diego-Suarez, elle demeure l’un des plus anciens témoins de l’implantation coloniale française dans le Nord de Madagascar.
Sa silhouette résume à elle seule les codes de l’architecture coloniale tropicale. « Les vastes vérandas, les colonnes élancées, les balustrades finement travaillées et les toitures à quatre pans répondaient autant à une recherche d’élégance qu’aux exigences du climat. Les volumes ouverts favorisaient la ventilation naturelle, tandis que le fronton central d’inspiration néoclassique affirmait le prestige de l’autorité administrative. » Mais la Résidence ne vit pas uniquement dans son passé. Si son enveloppe extérieure conserve l’essentiel de son identité architecturale, son intérieur a progressivement évolué. Les aménagements successifs en ont fait un espace hybride, où cohabitent le cachet historique de la demeure et les exigences fonctionnelles d’une administration contemporaine. Cette rencontre entre patrimoine et modernité illustre la capacité du bâtiment à s’adapter sans renier son héritage.
Aujourd’hui siège de la région DIANA, la Résidence continue d’accompagner la vie institutionnelle d’Antsiranana. Plus qu’un simple édifice administratif, elle demeure une archive de pierre. Chaque colonne, chaque galerie et chaque transformation racontent une ville en perpétuelle recomposition. Face à la baie, elle rappelle qu’à Antsiranana, le patrimoine ne relève pas seulement de la mémoire : il participe encore au présent et continue d’écrire, discrètement, l’histoire de la cité.
Recueillis par Iss Heridiny


