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vendredi, septembre 11, 2026
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Roland Ratsiraka : « Toute la Nation est désemparée face à la vague de violences »

Le premier édile du MTS n’a vu autant de vague de violences en 30 ans de mandat électif.

Le député de Madagascar a ses «maux » à dire sur les sujets brûlants d’actualité dont les ondes de choc secouent l’ensemble du pays.

Midi Madagasikara : Qu’avez-vous à dire face à la recrudescence des actes de violence ?

Roland Ratsiraka : « C’est une vague de violences sans précédent qui bouleverse tous les Malgaches. Madagascar traverse aujourd’hui une période particulièrement sombre. Les enlèvements, les disparitions et les meurtres se multiplient dans des conditions parfois inexplicables et insoutenables. La série d’assassinats touchant, entre autres, et non des moindres, les albinos, choque profondément notre conscience collective. Les informations faisant état de plus de 250 victimes et de plusieurs arrestations, dont celle d’un ressortissant étranger, démontrent l’ampleur de cette tragédie. Face à cette situation, l’État lui-même paraît confronté à un phénomène d’une gravité exceptionnelle, au point d’avoir décrété une journée de deuil national en hommage aux victimes. Je tiens à exprimer toute ma solidarité et mon soutien aux familles endeuillées. En 30 ans de mandat électif, je n’ai jamais été confronté à une telle série de crimes aussi odieux, lâches et indescriptibles. »

Midi : D’aucuns n’hésitent pas à pointer du doigt l’opposition.

R. R. : « J’ai effectivement entendu certaines accusations visant l’opposition. Pour ma part, je refuse de croire que de tels actes puissent être commis dans un objectif politique. Je ne cherche à défendre personne, mais la gravité des faits me conduit à penser que nous sommes face à un phénomène qui dépasse largement les clivages politiques. Toute la Nation est aujourd’hui désemparée, y compris les forces de l’ordre et les autorités. Nous devons avoir le courage de nous interroger sur les causes profondes de cette montée de violence. Lorsque l’on observe les sociétés confrontées à des phénomènes similaires, plusieurs facteurs reviennent régulièrement : la progression inquiétante de la consommation de drogues, l’alcoolisme, mais aussi la banalisation permanente de la violence à travers certains contenus audiovisuels. Une personne pleinement lucide ne peut facilement commettre autant d’atrocités avec une telle barbarie. »

Midi : Quelle solution proposez-vous pour y mettre fin ?

R. R. : « Je n’ai pas de solution miracle. En revanche, je suis convaincu que la lutte contre les stupéfiants doit devenir une priorité nationale. Nous devons également engager une réflexion collective sur la banalisation de la violence dans notre société. Enfin, je salue la décision des autorités d’encourager et de récompenser les personnes qui apportent des informations permettant d’identifier les commanditaires et/ou les auteurs de ces crimes. Dans ce combat contre la violence, chaque citoyen peut contribuer à sauver des vies. »

Midi : La démolition de plusieurs maisons d’habitation à Toamasina II secoue également le microcosme.

R. R. : « Au cours de ma carrière, aussi bien comme maire qu’en tant que ministre des Travaux publics, j’ai été amené à conduire de nombreuses opérations d’expropriation et de libération d’emprises. Des milliers de personnes ont été concernées. Pourtant, jamais je n’ai eu recours aux forces de l’ordre. Deux principes ont toujours guidé mon action : le premier consiste à prendre le temps de négocier. Selon les situations, ces discussions peuvent parfois durer entre six mois et deux ans. Le second principe est de toujours rechercher une indemnisation juste, qu’elle soit financière, foncière ou qu’elle allie les deux. Cette méthode a toujours permis de mener ces opérations dans le calme et le respect de la dignité des personnes concernées. »

Midi : Aviez-vous été consulté même si vous n’êtes pas élu de Toamasina II ?

R. R. : « Lorsque le Directeur général de la SPAT m’a sollicité concernant le Port Sec III, je lui ai exposé les principes que je viens de citer. Je lui ai également rappelé que notre ville porte encore les stigmates des dégâts causés par le passage du cyclone Gezani, qu’elle subit encore des délestages quotidiens et une insécurité croissante. Pareil contexte exige davantage de prudence. Certes, les quelque 300 occupants du terrain de la SPAT sont juridiquement dans une situation irrégulière depuis plusieurs décennies. Certains ont obtenu des titres plus ou moins contestés et contestables, parfois à la faveur de dysfonctionnements et de faits de corruption impliquant certains services fonciers et judiciaires. Le terrain appartient pourtant à la SPAT et le projet de Port Sec est connu depuis le début des années 2000. La SPAT aurait toutefois dû défendre plus activement ses droits au fil des années en rappelant régulièrement aux occupants et aux juridictions sa qualité de propriétaire. Cette absence de suivi a contribué à la situation actuelle. »

Midi : Faut-il alors revenir à la… case départ ?

R. R. : « Aujourd’hui, suspendre les opérations de démolition pour des raisons d’ordre public ne changera malheureusement plus le fond du problème. Les terrains ne reviendront pas à ceux qui y avaient fait des constructions. Cette affaire doit néanmoins nous rappeler qu’une mesure légalement fondée n’est pas nécessairement opportune si elle intervient dans un contexte social particulièrement tendu. »

Midi : Il y a aussi le délestage à Toamasina.

R. R. : « Après la visite du président de la Refondation, du Premier ministre et de plusieurs membres du gouvernement pour la mise en service de nouveaux groupes électrogènes, le ministre de l’Énergie et des Hydrocarbures avait publiquement annoncé, devant les autorités et les élus, que les délestages allaient prendre fin. La réalité est malheureusement toute autre. La population continue de subir plusieurs heures de coupure d’électricité chaque jour. En ma qualité de député, ou mieux de « solombavambahoaka » élu à Toamasina I, je pense que pareille déclaration était irresponsable. Au-delà des annonces, je regrette surtout qu’aucun mot de compassion n’ait été adressé à la population confrontée quotidiennement à ces difficultés. Un ministre doit mesurer le poids de ses paroles. Les déclarations publiques créent des attentes et engagent la crédibilité de l’État. »

Midi : Que faire face à tous ces problèmes ?

R. R. : « En tout cas, les problèmes ne peuvent pas être traités isolément. Les délestages aggravent directement l’insécurité, pénalisent les activités économiques, fragilisent les familles et détériorent le climat social. Beaucoup d’actes criminels sont d’ailleurs facilités par l’absence d’éclairage public. À propos, je suis extrêmement vigilant par rapport au projet du barrage de Volobe, qui constitue la véritable solution durable aux difficultés énergétiques de Toamasina. Si ce projet stratégique venait à être retardé ou compromis par des comportements irresponsables ou des décisions inadaptées, je prendrai pleinement mes responsabilités de député et n’hésiterais pas à demander la démission du ministre concerné. En cette période difficile traversée par le pays, on a besoin de responsables publics qui disent la vérité, assument leurs engagements, privilégient le dialogue et placent l’intérêt général au-dessus de toute autre considération. »

Propos recueillis par R.O

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