
Le paysage bancaire africain a profondément changé. Longtemps dominé par des filiales de grandes banques occidentales, il voit désormais émerger des banques à capitaux subsahariens se déployant au-delà de leurs frontières d’origine. Elles côtoient désormais leurs homologues sud-africains et égyptiens, déjà solidement établis. Elles redessinent la carte bancaire du continent, jusqu’à l’Océan Indien.
Il y a encore une génération, les principales banques opérant en Afrique étaient souvent adossées à des banques européennes et, dans une certaine mesure, américaines. Depuis, de nouveaux acteurs subsahariens se sont affirmés, en grandissant d’abord sur leurs marchés domestiques avant de partir progressivement à la conquête des marchés voisins et de construire de véritables réseaux panafricains. Ecobank et Bank of Africa en constituent les illustrations les plus spectaculaires. La première a été créée au Togo dans les années 1980 et est présente dans 33 pays africains, tandis que la seconde est implantée dans 20 pays, dont Madagascar. D’ailleurs, il est important de souligner que l’expansion des banques africaines coïncide avec le départ progressif des banques occidentales, jugeant le marché africain peu porteur. La mise en vente des filiales africaines de Société Générale, y compris à Madagascar, en est l’illustration la plus récente. Des banques africaines en ont beaucoup profité pour élargir leur implantation sur le continent.
Changement d’échelle
Cette évolution dépasse la seule croissance des réseaux bancaires. Les grands groupes africains cherchent également à diversifier leurs métiers afin de couvrir plusieurs segments du marché financier, quasiment sur l’ensemble du continent. À l’instar d’AFG Bank, présente dans 15 pays, dont Madagascar et les Comores. Après avoir racheté en intégralité l’allemande Accès Banque et son réseau continental, ainsi que la filiale guinéenne de Société Générale, cette banque ivoirienne se retrouve sur plusieurs créneaux : la banque traditionnelle, la microfinance, les assurances et la banque d’investissement, et ce dans plusieurs pays. La concurrence bancaire se déplace ainsi progressivement : il ne s’agit plus seulement d’être la première banque d’un pays, mais d’être capable d’accompagner un client lorsqu’il change de marché.
Vertus de la concurrence
La montée en puissance des banques africaines s’accompagne d’une concurrence ardue. En effet, ces nouvelles banques sont, en quelque sorte, acculées à sortir des sentiers battus, ce qui constitue de réelles opportunités pour la clientèle, particuliers ou entreprises privées, voire les États. Les banques s’intéressent désormais à des segments peu explorés du marché, allant jusqu’à financer des secteurs d’activité jusque-là ignorés. Elles rivalisent d’ingéniosité pour entrer sur des marchés nouveaux, tels que le financement de certaines professions libérales, le secteur minier ou l’énergie, ainsi que certaines diasporas présentes dans les pays africains. Aujourd’hui, les banques africaines sont devenues, à leur tour, des conquérantes de leur propre continent. Et Madagascar, au cœur de l’océan Indien, se retrouve progressivement sur cette nouvelle carte bancaire africaine.
R.Edmond.




