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lundi, septembre 7, 2026
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Sillon du passé : Révolution proclamée et continuité administrative (1975-1985)

La Révolution socialiste de 1975 est généralement présentée comme une rupture majeure dans l’histoire politique de Madagascar. La Charte de la Révolution socialiste malgache promet l’avènement d’un État populaire, débarrassé des privilèges hérités de la colonisation et de la Première République. Pourtant, l’observation des élites de Diego-Suarez révèle une réalité plus nuancée. Derrière le vocabulaire révolutionnaire se dessine une remarquable continuité des pratiques administratives et des mécanismes d’accès au pouvoir.

La Première République est souvent décrite par ses adversaires comme le régime de la promotion des élites côtières. Richard Andriamanjato, dans un entretien accordé à l’INA au début des années 1960, dénonçait déjà une redistribution des responsabilités administratives qui ne remettait nullement en cause les fondements du système colonial. Cette critique, bien que formulée dans un contexte d’opposition politique, met en lumière une permanence institutionnelle : l’État malgache indépendant conserve largement les structures administratives, les méthodes de gouvernement et les réseaux de recrutement hérités de la colonisation. L’indépendance change le personnel politique davantage qu’elle ne transforme les règles de fonctionnement de l’administration.

L’arrivée de Didier Ratsiraka au pouvoir en 1975 ne rompt pas totalement avec cette logique. La création du Front national pour la défense de la Révolution (FNDR) en 1976 et la mise en place des institutions révolutionnaires donnent l’impression d’une ouverture politique en faveur des provinces. Les représentants provinciaux siègent en nombre au sein des organes révolutionnaires, notamment au Conseil national de la Révolution. Cependant, cette représentation demeure étroitement encadrée par le pouvoir central. Les responsables provinciaux apparaissent moins comme les porte-parole de leurs territoires que comme les prolongements institutionnels d’un État fortement centralisé. L’autonomie provinciale reste largement théorique. À Diego-Suarez, cette configuration se traduit par l’émergence d’une élite administrative relativement homogène. Les hauts fonctionnaires, les cadres du parti et les officiers militaires constituent les principales figures du pouvoir local. Leur influence dépasse largement leurs fonctions administratives. Ils contrôlent les circuits de décision, disposent d’un accès privilégié aux informations stratégiques et incarnent, aux yeux de la population, la présence de l’État dans une province éloignée de la capitale. La spécificité de Diego-Suarez, marquée par son héritage militaire et portuaire, renforce encore le poids des officiers dans la gestion des affaires publiques.

Une contradiction apparaît alors. Ces élites dénoncent régulièrement la domination politique des Hautes Terres centrales et la concentration des décisions à Antananarivo. Pourtant, elles participent elles-mêmes au fonctionnement de cette centralisation. Leur ascension dépend de leur fidélité au pouvoir révolutionnaire, tandis que leur autorité locale repose sur leur capacité à représenter ce même pouvoir auprès des populations. Elles deviennent ainsi les courroies de transmission d’un État qui continue de gouverner depuis son centre, tout en revendiquant un discours favorable aux provinces.

Iss Heridiny

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