
Face à la pression, Siteny Randrianasoloniaiko choisit la contre-attaque. Entre menaces financières et retour au protocole, le PAN verrouille l’institution parlementaire au risque d’un dialogue de sourds avec la rue.
Sur la défensive
Hier, à l’ouverture de la session extraordinaire de l’Assemblée nationale, le ton n’était pas à l’autocritique mais à la contre-attaque. Siteny Randrianasoloniaiko, confortablement installé au perchoir, a revêtu l’armure du légaliste pour fustiger ceux qui osent remettre en question l’existence même des institutions actuelles. Pour le PAN, le diagnostic est tombé comme un couperet : toute velléité de dissolution est, ni plus ni moins, une « manœuvre de déstabilisation » du processus de concertation nationale et des futures échéances électorales.
Légitimité
Pourtant, le malaise est palpable. Comment ignorer que cette même Assemblée nationale et la Haute Cour constitutionnelle (HCC) traversent une crise de légitimité sans précédent ? Pour les acteurs du Tolona de septembre et octobre 2025, ces structures sont les vestiges d’un système dont ils ne veulent plus. Mais du côté de Tsimbazaza, on préfère parler de « machine grippée » par des voix discordantes plutôt que de se demander pourquoi le moteur fait l’objet de tant de critiques. En brandissant la Constitution comme un bouclier, Siteny Randrianasoloniaiko semble oublier que le « sel de la démocratie » ne suffit pas à masquer l’amertume d’une population qui se sent exclue du jeu.
Sanctions financières
Le message officiel est sans équivoque : la contestation doit s’effacer devant la Concertation nationale, dont l’organisation reste floue. En verrouillant l’avenir de la République dans ce cadre institutionnel, le pouvoir risque toutefois d’instaurer un dialogue de sourds face à une exaspération populaire spontanée. Pour dissuader toute velléité de dissolution des institutions, le PAN brandit la menace de sanctions financières du FMI et de la Banque mondiale. Cet argument technique semble pourtant glisser sur une partie de la « Gen Z » : loin de céder à ces pressions bureaucratiques, elle maintient son appel à une manifestation massive samedi prochain. Un bras de fer s’installe.
Revirement
Le moment le plus remarquable de la session fut l’exigence de Siteny Randrianasoloniaiko de rétablir le portrait officiel du Président dans l’administration. Ce revirement est paradoxal : alors que le chef de l’État avait supprimé cette pratique par humilité, ce retour au culte de l’image suggère une volonté de simuler une autorité que l’action concrète ne suffit plus à établir. En privilégiant le protocole et l’ordre au détriment des attentes populaires, l’État se crispe sur ses privilèges. Ce choix esthétique semble masquer un statu quo politique qui, s’il décore les murs, ne règle en rien la détresse sociale du pays.
Julien R.


