
Madagascar prend part cette semaine aux Spring Meetings du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale à Washington DC, avec l’ambition de renforcer ses liens avec les partenaires du développement et de mobiliser des soutiens en faveur du futur plan de relance économique.
Au-delà du programme officiel de cette grande rencontre annuelle des institutions de Bretton Woods, la délégation malgache multiplie les échanges bilatéraux pour défendre les priorités du pays et plaider en faveur d’un accompagnement plus soutenu. Pour le ministre de l’Économie et des Finances, Dr Herinjatovo Ramiarison, l’enjeu est de taille. Madagascar doit impérativement mettre en œuvre ce plan de relance pour inverser une situation économique qu’il juge préoccupante. L’objectif affiché est de faire converger les appuis extérieurs avec les réformes internes en cours, dans une logique de transformation durable et de reprise tirée par l’investissement et l’emploi. Lors d’une première rencontre tenue hier matin avec des responsables de la Banque mondiale, le vice-président pour l’Afrique orientale et australe, Ndiame Diop, a souligné que les priorités de l’institution coïncident avec les secteurs stratégiques identifiés dans le plan de relance de Madagascar. Un signal jugé encourageant par la partie malgache, qui cherche à obtenir un appui plus lisible et mieux aligné sur ses besoins immédiats.
Améliorations en vue. Le représentant résident de la Banque mondiale à Madagascar, Atou Seck, a rappelé les quatre axes principaux autour desquels s’articule l’intervention de la Banque mondiale : la stabilité macro-budgétaire et la gouvernance, les infrastructures et la connectivité, la résilience et l’inclusion, ainsi que les emplois et les opportunités économiques. Selon lui, le portefeuille de projets se porte globalement bien et d’importants montants restent à décaisser. Il a toutefois identifié trois projets en difficulté, à savoir Riz Plus, DECIM et le Projet de durabilité du secteur routier de Madagascar. Ces projets peinent à démarrer, même si des solutions sont en cours de mise en œuvre. La Banque mondiale a insisté sur trois leviers d’amélioration pour accélérer l’exécution : l’allégement et la rapidité des procédures administratives, l’accélération de l’évaluation des offres dans la passation des marchés, ainsi que la compensation plus rapide des personnes affectées par les projets, notamment dans les cas d’expropriation. Elle demande aussi davantage de transparence et de visibilité dans la conduite des opérations.
Secteur privé actif
Du côté de la Société financière internationale, Fanny Mehita a relevé un dynamisme du secteur privé malgache qu’elle juge plus marqué que dans plusieurs autres pays de la région. Elle a évoqué l’avancement de dossiers longtemps bloqués, mais qui évoluent bien actuellement. L’IFC s’est également montrée active sur le financement des banques, afin de renforcer leur capacité à soutenir les petites et moyennes entreprises. Un appui est aussi à l’étude pour le développement d’un marché secondaire, à la demande de la BFM. L’institution estime toutefois que l’environnement des affaires doit encore être assaini pour lever les blocages à l’investissement. Parmi les sujets évoqués figurent le reversement de la TVA et l’accès au foncier, notamment pour les investissements agricoles. L’IFC prévoit d’ailleurs d’accorder 46 millions de dollars d’ici juillet.
Vue positive
Face à ces observations, le MEF a défendu une ligne claire : aucune avancée durable n’est possible sans réformes. Si le chantier est de longue haleine, le gouvernement assure avoir commencé à s’attaquer aux lenteurs bureaucratiques. Sur le dossier Volobe, jugé stratégique, la question centrale reste celle de la tarification. L’État estime qu’un coût situé entre 8 et 9 cents par kilowattheure est nécessaire pour rendre le projet bancable, tout en refusant d’accorder des avantages fiscaux sans justification solide. Les autorités attendent encore des modèles financiers plus convaincants, alors qu’une signature de contrat est envisagée en juin 2026, sous réserve d’un accord sur le calcul des coûts. À Washington, Madagascar veut ainsi convaincre que sa relance sera fondée sur des réformes, une meilleure écoute du secteur privé et une analyse rigoureuse des coûts et bénéfices.
Antsa R.


