
Si le nouvel an malgache n’inspire pas les citoyens, il commence à se fêter timidement ces derniers temps bien que la date de célébration soit une pomme de discorde. Cette année, le Taom-baovao intéresse une certaine couche sociale de la région Analamanga. Sans parler des descendants des rois et roitelets de la capitale, qui ont toujours été au rendez-vous, la classe moyenne et les érudits le célèbrent.
Des cérémonies sont organisées d’ici et d’ailleurs. Dès le 31 mars 2022, étudiants, enseignants, entrepreneurs publient leurs meilleurs vœux sur les réseaux sociaux pendant que d’autres organisent des évènements dans leur demeure. Le thème était « gasy-gasy ». Mode vestimentaire, repas, les chansons étaient typiquement malgaches. Certes, la journée n’était pas décrétée fériée par l’Etat malgache, mais les intéressés ont trouvé un créneau pour fêter le réveillon. Sous un autre angle, c’était une manière de conscientiser les concitoyens. Un travail de longue haleine, car, la majorité silencieuse ignore la date de cette fête malgache. Deux jours après la commémoration de l’insurrection de 1947.
En outre, la classe démunie étouffée par la pauvreté, ne veut pas dépenser son maigre salaire pour une « festivité consacrée aux descendants des souverains ». La célébration prend, dans ce cas, une autre dimension. Par ailleurs, plongée dans la vie quotidienne, la masse populaire de la capitale la considère en partie comme une réjouissance des riches.
Dans les faritra, le taom-baovao malagasy reste méconnu du grand public. Les habitants hors de la capitale ne comprennent pas le déroulement de l’histoire. En quelle période les Malgaches ont pu inventer leur propre calendrier ? Quelle année sommes-nous ? Effectivement, la date du nouvel an n’a jamais été évoquée ? Un détail que les accélérateurs ont négligé durant tout ce temps.
La cause de l’oubli. Faudra-il rappeler que Madagascar, avant le XIXème siècle, a été composé de plusieurs royaumes. Une ère où chaque monarchie avait sa propre conception, une structure sociale bien déterminée. Grâce, ou, à cause du courage de Laidama, le jeune souverain merina, les deux-tiers de la Grande Ile semblent uniformisés d’une manière ou d’une autre. Le Royaume Malgache s’écrit désormais avec un grand « R » suivi d’un « M » majuscule. En étroite collaboration avec les missionnaires britanniques, les Malgaches des Hautes Terres Centrales apprennent de ceux-ci le calendrier grégorien, par conséquent, l’almanach astrologique arabe a été abandonné au profit de celui des européens. Durant 86 ans, les rois et roitelets des régions littorales et non-merina deviennent des vassaux des successeurs du fils d’Andrianampoinimerina. Toutefois, il est important de dire que ces terres conquises ont toujours conservé leur culture. En fait, la préoccupation du Royaume Malgache était surtout économique. Le gouvernement central n’instaure pas une politique assimilationniste. Ensuite, l’avènement de la colonisation délite les structures inspirées de la tradition. L’éducation de l’époque a contribué au délitement du dessein ancestral.
En dépit de ce hic, la technologie et les médias effectuent un travail sans relâche afin de pouvoir unir le peuple malgache. « Une Nation ne se construit pas en un jour, cela est incontestable », a rappelé un sociologue malgache. En revanche, le taom-baovao malagasy sera une fête qui rassemblera les Malgaches dans l’avenir.
Iss Heridiny




