
Le troisième volet du nouveau rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) livre en détails les moyens de réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre, et limiter le réchauffement climatique, dont les conséquences se font déjà ressentir dans les pays vulnérables au changement climatique comme Madagascar.
Aggravation de la sécheresse, inondations à répétition, augmentation de la fréquence des cyclones, érosion côtière… Les impacts du changement climatique touchant de plein fouet Madagascar ne sont pas sans conséquences sur son développement en général. Or, les écosystèmes naturels qui pourraient servir d’arme efficace en aidant à faire face aux effets du changement climatique, se dégradent de manière alarmante, du fait des activités humaines. De même, les efforts et les moyens déployés en matière de préservation de ces écosystèmes, demeurent insuffisants, et les résultats obtenus jusqu’ici ne couvrent pas la vitesse de dégradation.
Par ailleurs, la transition énergétique en est encore à ses balbutiements, tandis que l’usage de l’énergie fossile reste répandu à Madagascar dans la mesure où 60% de l’énergie électrique consommée dans le pays sont obtenus à partir des carburants fossiles importés, sans que cela ne résolve le problème d’accès de tous à l’électricité. « Sur le réseau interconnecté, le coût de revient de l’électricité est cher, et le prix pratiqué au niveau des consommateurs est subventionné, ce qui n’est pas viable dans le temps », indique le WWF à ce propos.
Pratique énergétique. La détérioration des écosystèmes comme la pratique énergétique à Madagascar sont autant de défis pour le pays en matière de lutte contre le changement climatique, en majeure partie causé par le mode de vie et les activités humaines. Selon le WWF, Madagascar dépend des produits pétroliers pour tous les besoins de transport. L’existence des gisements de pétrole, de gaz, et de charbon minier qui pourraient, en premier réflexe, aider le pays à sortir de la dépendance aux importations, n’apparaît pas comme la solution idéale. « En réalité, investir dans l’exploration et exploitation de ces gisements est devenu de moins en moins viable et donc risqué économiquement, mis à part que nous ne ferions, entre autres, que contribuer à l’accélération du changement climatique », soutient le WWF, non sans faire mention de la pratique énergétique locale : « 90% de la population ont recours au bois de feu ou au charbon de bois en tant qu’énergie de cuisson. Or, dans la plupart des cas, ces bois obtenus de manière illégale participent significativement à la dégradation de nos forêts qui sont déjà mises à mal par les défrichements liés à l’agriculture itinérante sur brulis ».
Solutions de la dernière chance. Le troisième volet du rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), publié en début de semaine, alarme justement sur l’urgence de changer radicalement de pratique et adopter à l’échelle mondiale les solutions climatiques visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Bien que pays peu pollueur en comparaison avec les plus grands pays pollueurs dans le monde, Madagascar a des défis à relever en interne en termes de préservation des écosystèmes et de changement de pratique énergétique. Car le pays subit déjà ces dernières années les impacts du changement climatique et est étroitement concerné par l’urgence climatique.
Ce rapport du GIEC révèle que le volume de gaz à effet de serre émis durant la décennie 2010-2019 n’a jamais été aussi élevé que toute autre décennie. Les effets accélérés de ces émissions de gaz à effet de serre, ne laissent plus beaucoup de temps à l’humanité pour limiter le réchauffement à 1,5°C, seuil au-delà duquel les impacts du changement climatique seront irréversibles. Les solutions de la dernière chance se trouvent dans le changement radical des pratiques et des modes de vie.
Pour atteindre ces objectifs, il est impératif de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 60% au cours des huit prochaines années qui nous séparent de l’horizon 2030.
Voie à suivre. Pour Madagascar, la préservation durable des écosystèmes, l’accompagnement fort et efficace de la transition énergétique, et le changement des pratiques actuelles en pratiques écoresponsables, constituent une manière de contribuer efficacement à la lutte contre le changement climatique. « La meilleure voie à suivre, au regard de l’urgence climatique et de la crise énergétique mondiale, est d’accélérer l’indépendance énergétique du pays en optimisant nos systèmes de consommation et en exploitant les ressources énergétiques renouvelables locales. Nous devons maintenir ce cap, ainsi que celui de l’accès à l’énergie pour tous, contre vents et marées, tout en veillant à la préservation des écosystèmes naturels garants de notre résilience au changement climatique », affirme Voahirana Randriambola du WWF.
Pour le secteur Énergie, le choix doit se porter vers le développement de systèmes énergétiques à faible émission. À titre d’exemple, accélérer le développement de l’électricité « verte » pour tous, incluant les populations des zones rurales enclavées, ou encore l’accélération du développement de l’énergie de cuisson durable suivant les orientations de la Stratégie Nationale d’Approvisionnement en bois énergie.
Hanitra R.




