La Zone de libre-échange continentale africaine n’est plus une promesse abstraite. Depuis l’entrée en vigueur des échanges le 1er janvier 2021, elle représente une opportunité historique pour Madagascar de changer d’échelle, d’industrialiser son économie et de conquérir de nouveaux marchés africains. Mais pour l’instant, le potentiel reste largement sous-exploité. Le pays s’est pourtant engagé. Signé en 2018, l’accord a été ratifié en 2024, accompagné d’une stratégie nationale validée en septembre de la même année. Sur le papier, les bases sont posées. Dans les faits, l’appropriation reste incomplète, freinée par un déficit de maîtrise des règles commerciales et des outils opérationnels.
Cette faiblesse n’est pas nouvelle. Les accords préférentiels au sein de la SADC et du COMESA ont déjà montré leurs limites à Madagascar. Faute de compréhension des procédures et des exigences normatives, les entreprises malgaches peinent à accéder pleinement aux marchés régionaux. Résultat : des opportunités manquées et une compétitivité en retrait. Pourtant, avec la ZLECAf, l’enjeu change de dimension. Il ne s’agit plus seulement d’exporter, mais de s’insérer dans de véritables chaînes de valeur africaines. Pour Madagascar, cela ouvre la voie à une transformation industrielle, notamment dans l’agro-industrie, le textile ou encore la transformation des matières premières. Le marché continental devient un levier pour produire davantage, transformer localement et créer de la valeur ajoutée.
C’est dans cette optique que le gouvernement, avec l’appui de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique et du Programme des Nations unies pour le développement, a réuni les acteurs publics et privés autour d’une table dans le cadre d’un atelier stratégique les 21 et 22 avril. L’objectif est d’accélérer la mise en œuvre effective de l’accord en renforçant les capacités de ces acteurs. Au cœur des discussions, la maîtrise des règles d’origine, des procédures commerciales et des instruments numériques apparaît comme un passage obligé. Des outils comme le portail tarifaire, la plateforme de suivi des barrières non tarifaires, le système panafricain de paiement PAPSS ou encore l’Observatoire africain du commerce sont autant de leviers encore insuffisamment exploités. Leur appropriation pourrait pourtant fluidifier les échanges, sécuriser les transactions et réduire les coûts pour les entreprises.
Rija R.




