Le droit de vote de la diaspora s’impose une nouvelle fois comme l’une des principales préoccupations exprimées lors des rencontres du président de la Transition avec les communautés malgaches à l’étranger. À N’Djamena, hier, le sujet n’a pas échappé aux échanges. La revendication est récurrente. Elle accompagne désormais les déplacements extérieurs de Michaël Randrianirina et pourrait prendre une place plus importante dans les prochaines discussions sur les réformes mijotées par les dirigeants. Pour l’heure, toutefois, les nouvelles autorités n’ont pas encore engagé de débat approfondi sur les modalités concrètes d’un tel droit, notamment sur les conditions d’inscription sur les listes électorales, les modalités du scrutin à l’étranger, la représentation de la diaspora ou encore le dispositif administratif à mettre en place.
Le sujet pourrait néanmoins s’inviter dans les prochaines concertations nationales. Des membres de la diaspora, notamment en Europe, préparent une démarche de concertation destinée à porter cette revendication dans les débats nationaux. L’autre demande formulée à N’Djamena est également l’ouverture d’une ambassade de Madagascar en Afrique centrale. Les ressortissants malgaches installés dans cette région soulèvent les difficultés liées à l’éloignement des services diplomatiques. Actuellement, pour leurs démarches administratives, les Malgaches établis au Tchad et dans une partie de l’Afrique centrale doivent se tourner vers l’ambassade de Madagascar en Éthiopie. Une situation jugée peu pratique par la communauté malgache, qui souhaite disposer d’une représentation diplomatique plus proche.
Le démantèlement d’un réseau de traite de femmes malgaches vers la Chine, annoncé après l’interception d’une jeune femme à l’aéroport international d’Ivato le 6 août 2026, ne constitue pas seulement une affaire criminelle de plus.
Le drame de l’union forcée
Il révèle surtout la sophistication croissante de filières capables de transformer le mariage en instrument de recrutement, de déplacement et d’exploitation humaine. L’affaire commence par un contrôle à l’aéroport. Une jeune Malgache, sur le point de rejoindre la Chine, attire l’attention des policiers de la Police de l’Air et des Frontières. Derrière un voyage présenté comme un projet matrimonial se profile une réalité beaucoup plus inquiétante : la jeune femme devait épouser, une fois arrivée en Chine, un ressortissant chinois en échange de 10 millions d’ariary. Ce détail est révélateur. Lorsqu’un mariage devient une transaction financière et que le profil du futur conjoint importe peu, le mariage cesse d’être une affaire strictement privée pour devenir potentiellement un maillon d’une chaîne commerciale. Dans ce type de mécanisme, la personne n’est plus considérée comme une future épouse, mais comme une marchandise à recruter, à transférer et à livrer. Derrière ce trafic honteux se cache malheureusement une réalité liée à la pauvreté qui sévit à Madagascar depuis des décennies. Le système semble, en effet, reposer sur une économie de la vulnérabilité. Des femmes sont recrutées avec la promesse d’un gain financier ou d’une nouvelle vie à l’étranger. Le mariage peut alors être présenté comme une opportunité, tandis que les véritables bénéficiaires sont ceux qui organisent le recrutement, les documents, le voyage et la mise en relation avec les futurs époux. Le démantèlement de ce réseau, à mettre à l’actif des forces de l’ordre au niveau des frontières, doit finalement être considéré comme un signal d’alerte. La traite des êtres humains ne prend pas toujours la forme spectaculaire d’un enlèvement ou d’un passage clandestin de frontière. Elle peut aussi se dissimuler derrière une promesse d’emploi, un voyage ou, comme dans cette affaire, derrière un mariage prétendument avantageux, mais qui, malheureusement, n’est qu’une union forcée, finissant dans la plupart des cas par un drame pour les femmes malgaches victimes de la traite d’êtres humains.
Siteny Randrianasoloniaiko fustige les manœuvres visant à ébranler son « seza ».
Siteny Randrianasoloniaiko fustige les manœuvres visant à ébranler son « seza ».
Le président de la Chambre basse s’inscrit en faux contre les rumeurs de dissolution de l’Assemblée nationale et du bureau permanent qui circulent sur les réseaux sociaux.
Climat de provocation. Il qualifie de « tsaho » les bruits autour de la dissolution de l’Assemblée nationale. « Be hozatse » dément de toutes ses forces les ouï-dire sur son éventuelle destitution du perchoir de l’Hémicycle de Tsimbazaza. « La convocation de tous les députés a un lien direct avec l’examen du rapport et des travaux des commissions d’enquête parlementaire concernant tout particulièrement la Jirama », selon Siteny Randrianasoloniaiko. Il réfute de même l’existence de désaccords au sein de l’Assemblée nationale. Répondant également aux critiques et appels à sa démission du poste de président, il demande à ce qu’on produise, à cette fin, des preuves. L’actuel président de la Chambre basse déclare à haute voix qu’il est « contre toute manœuvre de division des Malagasy ». Il exhorte tout un chacun à éviter de faire régner un climat de provocation entre les Malagasy.
Saisine de la HCC
L’homme fort de Tsimbazaza met l’accent sur « l’importance pour l’Assemblée nationale de continuer à assumer ses fonctions », en s’appuyant sans doute sur la décision de la Haute Cour constitutionnelle du 14 octobre 2025 concernant une requête aux fins de résolution sur une sortie de crise politique. Siteny Randrianasoloniaiko était d’ailleurs l’initiateur de la lettre de saisine de la HCC, qui avait amené cette dernière à constater la vacance des postes de président de la République et de président du Sénat, ainsi que l’impossibilité pour le gouvernement en place de remplir les fonctions de président de la République. Un double constat qui avait conduit – au propre comme au figuré – « l’autorité militaire compétente incarnée par le colonel Michaël Randrianirina Michaël, à exercer les fonctions de chef de l’Etat ». Avec interdiction pour l’autorité qui supplée le président de la République de faire application des articles 60, 100, 103, 162 et 163 de la Constitution.
Socle constitutionnel. L’article 60 dispose notamment que « le président de la République peut, après information auprès du Premier ministre, et après consultation des présidents des Assemblées et du Cercle de Préservation du Fihavanana, prononcer la dissolution de l’Assemblée nationale ». Un pouvoir de dissolution de la Chambre basse qui n’est pas reconnu au PRRM. Sans parler du fait qu’il n’y a plus de présidents du Sénat et du CFM. Quant au président de l’Assemblée nationale, on l’imagine mal cautionner le sabordage de sa propre institution et, partant, de sa propre personne. « Les institutions et organes constitutionnels en place continuent d’exercer leurs fonctions », d’après la décision du 14 octobre 2025, qui constitue le socle constitutionnel du pouvoir du PRRM et la base légale du régime de la Refondation. Elle ne peut être remise en cause, car « les arrêts et décisions de la HCC sont motivés ; ils ne sont susceptibles d’aucun recours. Ils s’imposent à tous les pouvoirs publics ainsi qu’aux autorités administratives et juridictionnelles », d’après l’article 120 de la Constitution. Celle-là même que le PRRM a juré solennellement de respecter le 17 octobre 2025, il y aura bientôt un an de cela.
Deux tableaux qui résument en partie « Lavatondro » à la Teinturerie Ampasanimalo. (crédit photo : La Teinturerie – Associations d’artistes)
Deux tableaux qui résument en partie « Lavatondro » à la Teinturerie Ampasanimalo. (crédit photo : La Teinturerie – Associations d’artistes)
En fin de compte, l’esprit ou l’âme peuvent être anthropomorphes : c’est à cela que l’exposition de Ralf Arivelo, Stam Looney et Jeremia s’attelle dans « Lavatondro », à la Teinturerie, à Ampasanimalo. Les œuvres s’y trouveront jusqu’au 2 septembre. Dès lors, les dogmes ne tiennent plus la route. Dans une peinture aux formes et aux couleurs qui n’alourdissent pas la palette, elles reprennent la discussion entre l’espace et la condition humaine. « Lavatondro » parle alors de transcendance, de matérialité, etc., tandis que chemine dans le regard du visiteur ou de la visiteuse l’existence d’une différence entre le « réel » et la réalité. Dans le lot se trouvent également des œuvres d’art plastique, avec un rappel de la nature malgache à travers les visages ahuris de lémuriens. « Lavatondro » amènera à s’interroger sur les nombreux « filtres » qui conditionnent l’humain : la morale, les croyances, les certitudes, les valeurs collectives…
La coupe des nations U18 de beach-volley de la CAVB zone 7 a rendu son verdict sur le sable de Tanana Soa, à Ambohimanga Rova, ce mardi. Lors de la demi-finale, Madagascar a dominé chez les filles avec deux équipes qualifiées. La paire Fedrianah et Safidy a eu la chance d’accéder en finale face aux Réunionnaises Naomie et Anna. Malheureusement, elles se sont inclinées en deux sets à un : 21/14, 18/21, 15/11. Du côté des jeunes garçons, le duo malgache composé de Saotra et Guillet a été battu par les Comoriens Elyas et Satoul, privant Madagascar d’accéder à la finale des garçons. Le duel final a opposé La Réunion et les Comores. S’imposant en deux sets à un, La Réunion a doublé la mise lors de cette joute indianocéanique de beach-volley. Clap de fin sur la première édition de la Coupe des nations U18 de la CAVB zone 7, qui s’est déroulée du 5 au 11 août à Madagascar, avec la participation de La Réunion, Maurice et des Comores.
La bande à A’Ranty hérite des Sénégalais sur la route vers le dernier carré de la Coupe d’Afrique. Les Ankoay de Madagascar abordent un tournant majeur du FIBA AfroBasket U18 2026. Classés deuxièmes du groupe B avec deux victoires et une défaite, les jeunes Malgaches retrouveront le Sénégal, deuxième du groupe C, en quarts de finale, jeudi 13 août à 15h30, à la Salle Polyvalente de Treichville.
Sur le papier, l’affiche paraît équilibrée. Les deux formations affichent le même bilan, mais leurs profils sont différents. Les Ankoay ont inscrit 171 points pour en encaisser 166, soit un différentiel positif de cinq points. Les Lionceaux, eux, ont terminé leur phase préliminaire avec 179 points marqués contre seulement 121 encaissés, soit un impressionnant +58. Une statistique qui témoigne de la solidité défensive sénégalaise.
Le Sénégal a toutefois montré une certaine fragilité lors de sa dernière sortie, battu 49-46 par le Cameroun. Auparavant, il avait largement dominé le Rwanda (78-38) et la Tunisie (55-34). Madagascar, de son côté, a commencé par une victoire contre le Maroc (59-48), s’est incliné face au Mali (44-53), avant de terminer par un succès précieux contre le Gabon (68-65).
La comparaison statistique publiée par la FIBA donne quelques clés. Le Sénégal tourne à 59,7 points par match, contre 57 pour Madagascar. Les Lionceaux prennent toutefois davantage de rebonds offensifs et défensifs cumulés ? Non : l’avantage est clairement malgache, avec 53 rebonds de moyenne contre 49,3. Les Ankoay sont également plus efficaces à trois points (16,5% contre 12,1%), tandis que le Sénégal possède une meilleure adresse aux lancers francs (56,6% contre 45,2%) et distribue davantage de passes décisives (16,3 contre 14).
Côté individualités, Harinosy A’Ranty Rasetriarivony constitue l’arme offensive principale des Ankoay, avec 18,3 points et 8,7 passes décisives de moyenne. Sa capacité à créer le jeu sera déterminante. Dans la raquette, Thesbon Matazaky Raolompanatena, à 11,5 rebonds par match, devra livrer un gros combat. La FIBA souligne également l’impact intérieur de Bacary Doucoure pour le Sénégal.
Le dernier face-à-face officiel remonte à 2022, avec une victoire sénégalaise 70-62. Mais quatre ans plus tard, les compteurs sont remis à zéro. Pour les Ankoay, la recette sera claire : imposer le rythme, gagner la bataille du rebond et limiter l’impact de Doucoure dans la raquette. Le Sénégal part avec l’avantage défensif, Madagascar avec davantage de potentiel au rebond et derrière l’arc. Le quart de finale pourrait donc se jouer dans les dernières possessions.
Mathias Plantive, multiple champion de Madagascar, au rendez-vous du MXoAN, en Namibie.
Mathias Plantive, multiple champion de Madagascar, au rendez-vous du MXoAN, en Namibie.
La Grande île s’invite avec panache au rendez-vous continental. Les 29 et 30 août prochains, le Motocross of African Nations (MXoAN) se tiendra sur le circuit de Gallina Motocross Park, à Windhoek, en Namibie. Madagascar y sera représentée par six pilotes, prêts à défendre les couleurs nationales face à plus de 180 concurrents issus de neuf nations africaines. En catégorie élite MX1, Claudio Tida, sur sa Fantic 450, et Mathias Plantive, sur son Husqvarna 450, porteront haut les espoirs malgaches. Du côté du MX2, Steven Karnezis (Fantic 250) et Jeremy Rakotoarimanana (KTM 250) tenteront de se frayer un chemin parmi les meilleurs. Enfin, la relève sera incarnée par Sincère Leung Yen et Lucas Szmurlo, tous deux engagés en 125 cc sur KTM 125. Cette participation marque une étape importante pour le motocross malgache, qui confirme sa présence sur la scène africaine. Les pilotes, jeunes mais déterminés, auront l’occasion de mesurer leur talent face à des adversaires aguerris, dans une compétition où vitesse, technique et endurance seront les clés du succès.
Le championnat d’Analamanga s’est achevé, ce samedi, à Ambohimangakely.
Le championnat d’Analamanga s’est achevé, ce samedi, à Ambohimangakely.
La Grande île s’apprête à franchir une étape historique dans le monde du taekwondo ITF. Après les championnats de Madagascar dans quelques semaines, la Grande île accueillera pour la première fois le championnat d’Afrique zone Sud en novembre prochain. Une compétition qui réunira quatre nations et qui marque la montée en puissance du taekwondo malgache sur la scène internationale.
Le tatami malgache s’apprête à vibrer au rythme continental. À l’occasion des championnats d’Analamanga, clôturés samedi dernier à l’espace Fihantana Ambohimangakely, une annonce majeure a été faite : Madagascar sera l’hôte du championnat d’Afrique zone Sud les 7 et 8 novembre prochains. Une première historique pour la Grande île, qui accueillera l’Afrique du Sud, le Mozambique et le Zimbabwe aux côtés de sa propre sélection nationale. « Les équipes nationales sont déjà prêtes depuis la saison dernière. Le prochain championnat de Madagascar servira à confirmer les athlètes qui représenteront le pays lors de cette compétition internationale », explique Tafita Rakotoarisoa, Directeur technique national. Il précise également que ce rendez-vous continental sera doublé de l’élection du bureau de la zone Sud, où Madagascar présentera un candidat à la présidence.
Sur le plan local, la compétition régionale a permis de mesurer les forces en présence. Six clubs ont pris part au tournoi d’Analamanga, réunissant 52 athlètes. Le collège privé La Joie TKD ITF s’est imposé en maître avec 15 médailles d’or, dont huit en Matsogi (combat) et sept en Tul. Derrière, AJSL 1 a décroché 13 titres, tandis que HDB Mahitsy complète le podium avec six médailles d’or. Au-delà des chiffres, l’événement a constitué une étape clé pour la sélection d’Analamanga en vue du championnat national. « Les deux premiers de chaque catégorie seront qualifiés pour le sommet national. Notre objectif est clair : conserver la première place d’Analamanga », souligne Sahondra Rakotoarisoa, présidente de la ligue régionale. Le soutien institutionnel n’a pas manqué. La cheffe de région, Clémence Raharinirina, marraine de la ligue, a réaffirmé son appui.
De son côté, le président de la commission malgache de taekwondo ITF, Miora Andrianjaka, a mis en avant l’usage d’un système d’arbitrage électronique de dernière génération. « Nous sommes les seuls dans la région à disposer de cet outil, garantissant des résultats fiables et transparents. Cela nous permet d’être prêts à accueillir des compétitions internationales », a-t-il déclaré. Avec cette annonce, Madagascar ne se contente pas d’organiser une compétition régionale : il s’affirme comme un acteur incontournable du taekwondo ITF africain, prêt à conjuguer performance sportive et rayonnement institutionnel.
Les traces du Xe au XIIe siècles sont encore présentes à Marodoka, ancien comptoir commercial de Nosy Be. Les vestiges et le patrimoine y sont conservés, témoignant d’une période où l’île était déjà au cœur des échanges dans l’océan Indien. C’est dans ce quartier chargé de mémoire et d’histoire que s’est rendue la délégation conduite par le ministre de la Culture et de la Communication, Gascar Fenosoa, lors de son déplacement dans l’île aux Parfums.
Plusieurs sites patrimoniaux ont été visités, notamment la Maison des Fantômes, la Case indienne, l’emplacement de la première distillerie de Nosy Be ainsi que la première mosquée. Des lieux différents, mais qui constituent autant de repères pour comprendre les différentes étapes de l’histoire de l’île.
Après Tsiomeko, la reine Binao a fait fleurir l’île aux Parfums.
Une île ouverte sur l’océan Indien
Marodoka occupe une place particulière dans l’histoire. Le quartier témoigne des contacts anciens entre plusieurs communautés de l’océan Indien. Le royaume sakalava Bemihisatra entretenait des relations avec les populations africaines riveraines du canal du Mozambique, avec les Arabes et les Indiens. Les lieux de culte, les usages et les traditions portent encore les marques de ces relations, voire de ces influences.
Le patrimoine architectural rappelle ainsi que Nosy Be s’est construite à la cadence des échanges commerciaux et des circulations entre les différentes rives de l’océan Indien. Mais l’histoire de Marodoka n’est pas seulement celle de ces vieilles pierres ingénieusement empilées. Elle se transmet aussi par les us et coutumes, les modes vestimentaires, les pratiques culturelles, les métiers traditionnels, les savoir-faire, l’art culinaire et surtout la littérature orale. Cette dimension immatérielle donne du sens aux bâtiments et aux lieux conservés. Une maison, une mosquée ou une ancienne installation industrielle racontent un récit historique. Les pratiques permettent, elles, d’en comprendre la portée. Préserver Marodoka revient donc à protéger à la fois ce qui est visible et ce qui se transmet. À travers cette démarche, le ministère entend renforcer la valorisation des sites historiques et culturels de Nosy Be afin de mieux assurer leur préservation. Ce patrimoine apparaît comme un trait d’union entre plusieurs cultures et plusieurs générations.
Le canal de Mozambique était, en quelque sorte, une « autoroute des boutres » dès le Xe siècle.
De Bagamoyo à Marodoka
Comptoir, lieu de ravitaillement, carrefour culturel, la partie occidentale de la Grande île, grâce au canal du Mozambique, comptait autrefois des villes animées par le commerce. La capitale du royaume sakalava Bemihisatra était une grande cité et un passage obligé pour les étrangers bien avant le Xe siècle. Elle fut également liée au trafic d’esclaves. Cette porte ouverte a assisté à l’arrivée d’esclaves originaires de la côte tanzanienne, en particulier de Bagamoyo. Située à environ une centaine de kilomètres au nord de Dar-es-Salaam, cette ville était autrefois une importante agglomération de l’Afrique de l’Est.
Au fil du temps, Bagamoyo a perdu de son importance et est devenue un petit bourg. Son nom viendrait de « Bwaga moyo », expression swahilie signifiant « abandonne ton cœur ». Une expression qui renvoie au désespoir de ceux qui étaient capturés pour être vendus comme esclaves, alors qu’un avenir incertain les attendait. D’après les écrits, « Bagamoyo constituait le point d’arrivée des porteurs et des captifs qui traversaient le pays depuis le lac Tanganyika, voire depuis les territoires voisins ». Les historiens spécialistes de la région avancent que les esclaves y arrivaient à pied ou en caravanes. Ils y étaient vendus, échangés puis envoyés vers les îles de la péninsule Arabique ou la Perse, mais également vers le Nouveau Monde. Pour beaucoup, Bagamoyo représentait un point de non-retour. Certains de ces captifs furent ensuite acheminés jusqu’à Marodoka. Le nom du quartier serait l’union de deux mots : « maro », en malgache, signifiant « plusieurs », et « duka », terme swahili issu de l’arabe « dukan », associé au commerce. L’île en forme de tortue comptait alors parmi les anciens ports de Madagascar. Des boutres venant d’Asie du Sud, de Mayotte, des Comores y faisaient escale. Ces relations avec les populations étrangères ont contribué au métissage des habitants. Le swahili et le malgache y étaient parlés, témoignant de l’intensité des échanges dans cette partie de l’océan Indien. Au siècle suivant, malgré l’abolition de la traite des esclaves, celle-ci continua clandestinement dans la région. Des Arabes traquaient notamment des Noirs « Makoa » et les embarquaient à bord de boutres pour les vendre vers l’Asie du Sud.
La côte nord-ouest de la Grande Île était une plaque tournante de la traite des esclaves.
Le temps des négociants
Du temps de la reine Tsiomeko, Marodoka prend une autre dimension. Le site continue d’assurer ses activités portuaires, mais se transforme peu à peu en quartier des étrangers, à savoir des populations islamisées et des descendants de commerçants. Oui, le nom demeure. Marodoka, cet espace où les riches marchands exposent leurs produits importés, est désormais le fief des acteurs importants de l’économie régionale. Leurs boutres sillonnent les côtes du Nord-Ouest, ce qui favorise leurs relations avec les Antalaotra de la région du Boeny et de ses environs. Dès lors, l’économie de Nosy Be bat son plein à partir de la première moitié du XIXe siècle et jusqu’au règne de la reine Binao. Le commerce maritime offre à l’île une place prépondérante dans les circuits reliant Madagascar aux autres territoires de l’océan Indien. Marodoka n’est pas qu’un quartier ancien : son histoire est liée aux mouvements de populations, aux flux d’échanges, aux différentes influences venues d’autres pays.
Le ministre Gascar Fenosoa et son équipe ont rendu visite à l’un des sites chargés d’histoire.
Un patrimoine entre deux rives
Aujourd’hui, ces différentes périodes ont laissé des traces. Les anciennes constructions forment un ensemble qui permet de comprendre la place occupée par Marodoka dans l’histoire de la Grande Île, en particulier à Nosy Be.
La visite de la délégation conduite par le ministre de la Culture et de la Communication remet ainsi en avant la nécessité de préserver ce patrimoine dans toute sa diversité. Il ne s’agit pas de conserver des bâtiments anciens, mais également de protéger les pratiques et les récits qui leur donnent leur sens. Entre lieu de mémoire et vestige, Marodoka raconte Nosy Be tournée vers la mer. Cette île n’était pas isolée. Comptoir, lieu de ravitaillement, port commercial et carrefour culturel, Marodoka est l’un des témoins de cette histoire. Il fait ainsi de Nosy Be une destination touristique, mais surtout un territoire où les traces du passé restent encore visibles.
Papillon endémique de Madagascar et l'un des plus rares au monde, le « Hypolimnas dexithea » ou le « Diadème de Madagascar ». (crédit photo : Observation.org)
Papillon endémique de Madagascar et l’un des plus rares au monde, le « Hypolimnas dexithea » ou le « Diadème de Madagascar ». (crédit photo : Observation.org)
Publié en avril par la maison d’édition italienne « Libreria della Natura », l’ouvrage « Les papillons diurnes de Madagascar » comble un vide scientifique abyssal qui pénalisait l’entomologie malgache depuis plus de quarante ans. Porté par un quatuor de sommités scientifiques internationales — Emilio Balletto, Francesca Barbero, Luca Casacci et le Britannique David Lees, spécialiste incontesté de la faune lépidoptérique locale —, ce livre monumental de près de 640 pages s’impose d’emblée comme la boussole incontournable des écosystèmes insulaires. L’ambition des auteurs est de recenser et de cartographier exhaustivement l’intégralité des 325 espèces de papillons de jour identifiées sur le territoire, dont une écrasante majorité s’avère strictement endémique. Pensé comme un outil de terrain indispensable, le livre intègre des clés dichotomiques par familles et genres, ainsi que des planches photographiques détaillant les spécimens mâles et femelles et des cartes de répartition actualisées. Bien que conçu par des chercheurs européens, le choix stratégique d’une publication en langue française répond à un objectif précis : offrir aux étudiants, universitaires et acteurs de la conservation sur place un accès direct et immédiat aux données.